Voyager, est-ce changer de lieu ou d'idées ?

Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 17:56

Un jour, j’ai juste eu le temps d’avoir 18 ans, et je suis partie. Paris et moi avons entretenu pendant deux ans une relation affreusement baudelairienne, semblable à un ténébreux orage traversé çà et là par de brillants soleils. Deux ans, c’est long lorsqu’on repense à tous ces moments dont on est sortie complètement rincée. Même si les soleils étaient tout de même assez éclatants pour laisser leur marque claire sur les trottoirs sombres.

Un jour, je n’ai même pas eu le temps d’avoir 20 ans, je suis repartie. Je voulais être vieille, ne manquer de rien, et manquer à quelqu’un. J’avais envie d’appartenir à cette caste privilégiée, les vrais voyageurs […] qui partent pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons. Je n’ai pas réussi. Il est bien plus facile d’avoir un ballon à la place du cœur lorsque, d’autant plus délicieux qu’imprévu, vient vous rejoindre ce que vous avez laissé derrière vous à regrets. Par bonheur, le reste du temps, Toronto était la plus belle des occasions de me révéler moins idiote que je ne l’aurais cru.

Un jour, j’ai eu le temps d’attendre d’avoir 21 ans, avec l’impatience et les faux-semblants des gens envieux à en crever, et je suis arrivée à Tours. Presque un hasard. J’aurais aimé que la ville soit vierge et inconnue, j’aurais aimé avoir le cœur joyeux d’un jeune passager qui n’attend rien et espère tout. Je n’ai pas réussi, pas tout à fait, et je me suis sentie bizarrement étrangère sur les pavés inégaux de la rue du Grand Marché.

Alors j’ai fait l’étrangère. J’ai fait comme à Toronto.


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Pont Saint Symphorien

J’ai marché dans les petites rues tortueuses du vieux Tours, qui n’ont pas le moindre point commun avec les larges avenues américaines. Au verre de la modernité démesurée s’oppose le poids de l’histoire. Les petites bâtisses irrégulières du centre-ville tourangeau exhibent leurs colombages centenaires. Le bois et les pierres polis, érodés, creusés, marqués par les ans, ont une saveur délicieusement vintage.

 

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Au détour des ruelles, de petites places vides et ombragées font une pause dans l’urbain. Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Ailleurs, je suis impressionnée par le nombre de restaurants, cafés, salons de thé, bars et glaciers dont les terrasses ensoleillées sont prises d’assaut.


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Le musée des Beaux-Arts et ses jardins


Le soir, l’odeur des frites grésillantes des kébabs se mêle à celle, douceâtre, des bières britanniques sirotées entre amis. Lorsque les secondes ont été bues, les estomacs vides se précipitent sur le réconfort chaud et salé qu’offrent les premières. Tours bruisse alors des conversations caquetantes au volume sonore proportionnel au taux d’alcool dans le sang. Cela finit souvent en marches titubantes et haut-le-cœur, mais cet enthousiasme est résolument contagieux.

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Cathédrale Saint Gatien

 

Plus au sud, les balcons de l’hôtel de ville fleurissent derrière les jets d’eau de la place Jean Jaurès. En suivant les boulevards, j’arrive devant les jardins Léonard de Vinci, comité d’accueil de tous les voyageurs SNCF de passage à Tours. Les brioches cèdent sous les doigts et fondent dans la bouche. 90 centimes nature, 1 euro avec des pépites de chocolat noir qui laissent de petites traces sombres sur le papier clair. Se retenir de tout manger d’un seul coup, attendre, faire durer le plaisir de la mie chaude aux pointes de fleur d’oranger.

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Place Jean Jaurès

 

Au milieu des quartiers plus résidentiels, le jardin des Prébendes, ses pelouses bien entretenues et son gravier ocre dans lequel on distingue les traces parallèles laissées par les poussettes. Les parents squattent les bancs verts, espérant probablement que la braillante progéniture se fatigue assez pour s’endormir le soir venu sans discuter. Le soleil dessine à travers le feuillage des grands arbres des formes changeantes sur les pages de mon livre. Cent Ans de Solitude. Belle ironie.


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Photo du jardin des Prébendes : Jardinoscope 

 

Mais finalement, le moment que je préfère, c’est le matin. Relevant à la fois d’une avarice chronique et d’un programme de musclage d’arrière-train intensif, la décision de faire le trajet à pied jusqu’à l’IUT au lieu de prendre le bus m’amène à emprunter les chemins du bord de Loire. Le soleil des matinées d’automne frappe presque horizontalement la statue de François Rabelais, fierté Tourangelle qui a donné son nom à l’université. Rebondissant sur les eaux peu profondes du fleuve, accrochant la pierre du pont Wilson que j’aperçois au loin, me forçant parfois à détourner le regard, il achève de me convaincre, s’il en était encore besoin, que Tours est une ville charmante sous les derniers sursauts de l’été.

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La gloire des cités dans le soleil couchant,

Allumaient dans nos cœurs une ardeur inquiète

De plonger dans un ciel au reflet alléchant. 


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Le pont Wilson, vu du pont Saint Symphorien

 

Les photos non créditées sont les miennes, les vers sont de Charles Baudelaire (L'Ennemi, L'invitation au voyage, Le voyage).

Par Margaux
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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 16:10

Les premiers buildings de Boston sont apparus avec trente minutes de retard sur l’horaire prévu, le vendredi soir. J’ai passé les 4h30 de trajet en bus New-York - Boston avec une connexion internet (victoire n°1), une prise électrique (victoire n°2) et la délicieuse compagnie de Rachmaninov et le second mouvement de son Piano Concerto n°2, mouvement qui a inspiré la chanson All By Myself. Alors que 99% de la population en attribue la paternité à Céline Dion, je me demande pourquoi personne ne crie à l’iniquité.

 

 

Après New-York, Boston est empreinte d’une atmosphère radicalement différente. Il suffit d’ailleurs de voir les adjectifs que les gens emploient pour désigner les deux villes. Alors que la Big Apple recueille généralement des « trop styléééé » (version mon petit frère), « trop kiffant » (version cité) ou « absolument fabuleux, même après 10 visites je ne suis pas blasé » (version Paris 17e), l’une des plus vieilles villes des Etats-Unis est souvent qualifiée de « charmante », « mignonne » et « très sympa ». A Boston, il n’y a plus toute cette démesure américaine si impressionnante, les buildings sont moins nombreux, moins hauts, moins écrasants et l’Europe pointe le bout de sa culture.

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L'un des Swan boats du Public Garden

Les maisons rouges s’alignent les unes à la suite des autres, façades émaillées de bow-windows, derrière les arbres en fleur. Les jardins et leurs buis taillés de près abritent un petit lac sur lequel déambulent les fameux swan boats et débouchent sur la Commonwealth Avenue. Il y a là un petit air de Paris, les endroits calmes où l’excitation parisienne n’est plus de rigueur, où les graviers crissent sous les chaussures et le vent fait bruisser les feuilles des arbres. Les magasins de luxe ne sont plus dans l’exhibitionnisme permanent de la 5th Avenue et démontrent qu’aux Etats-Unis aussi, on sait ce que signifie sobriété.

 

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Le dowtown de Boston au premier plan, séparé de Cambridge par la Charles River


Boston est une ville élégante, à l'image de sa bibliothèque et de ses bouches de métro en métal forgé. La première abrite un cloître charmant, les secondes surgissent au milieu de la rue et jurent avec les magnifiques véhicules préposés à la visite de la ville (qui donnent un petit coup à l'élégance générale quand même)

 

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Boston ne se limite pas à son côté european-like. Ce qui frappe aussi dans cette ville, c’est l’environnement intellectuel d’exception. J’ai habité sur le campus de Tufts, université réputé notamment pour son département de relations internationales, j’ai aperçu le campus du MIT depuis le haut de la Prudential Center Tower, visité celui d’Harvard (The Social Network forever) dans lequel j'ai pu écouter un groupe de musique acapella, et croisé de nombreux autres établissements scolaires au détour des bâtiments Nouvelle Angleterre. Boston est la ville de l’intelligentsia américaine, et même lorsqu’il fait gris, c’est assez impressionnant.

 

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Harvard 

 

Le dimanche, le dernier jour, il faisait nettement moins gris et le ciel au-dessus du toit de la bibliothèque de Tufts, qui offre une vue lointaine sur Boston, avait décidé d’imiter les tableaux de Vermeer. 

 

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Sur la plage de Revere Beach, accessible depuis le métro, survolée par les mouettes bruyantes et balayée par le vent et le ressac, Boston ressemblait aux vacances d’été que je passais sur les bords de l’Atlantique. L’autre bord.


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Je viens de croiser le cadavre d’un camion à moitié tombé dans un fossé, l’arrière tordu, comme démantibulé, gisant au fond du trou. La nuit est tombée sur l’Amérique sans que je m’en aperçoive, obscurcissant l’horizon. Il est à peine 20h, il s'est remis à pleuvoir et je suis la seule à avoir allumé ma loupiotte pour écrire. A l’ancienne, avec un crayon à papier et le carnet de notes de mon cours de cinéma puisque le super bus Greyhound dans lequel je vais rester 16h n’a pas de prise électrique, ni de connexion internet d'ailleurs. En revanche l'option filles qui hurlent en écoutant du rap américain, je l'ai. Oui, je crois qu’on peut appeler ça un fail.

Au loin, une faible lumière jaune trace une ligne imparfaite dans un nuage que l’on devine énorme, lourd et pesant. A part ça, rien. Rien que les phares isolés des voitures et des camions qui roulent sur la voie d’en face. Rien que moi et le virage que je m’apprête à prendre en quittant l’Amérique du Nord dans si peu de temps.

Qu’est-ce que cela fait de rentrer après si longtemps ? Ne croyez pas tout ce que l’on vous raconte sur la 3A. Oui, c’est une opportunité extraordinaire dont il faut savoir tirer profit. Oui, il vous arrive plein d’aventures qui n’arrivent à personne d’autre et, à moins de ne vraiment pas y mettre du votre, vous grandissez. Mais non, ce n’est pas un rêve perpétuel de 12 mois. Il y a aussi des déceptions, il y a aussi des moments où le ciel que j’entrevois maintenant entre deux nuages qui se délitent vous paraît bien plus triste que beau, même si l’un n’empêche pas l’autre. Vous ne rencontrez pas que des gens extraordinaires tous les jours sous prétexte que vous êtes un étudiant international. Et parfois l’absence est tellement présente qu’elle porte très mal son nom. Parfois vous vous dites que rester là toute votre vie est votre plus profonde aspiration parce que vous n’avez jamais été aussi vivant que depuis que vous êtes loin. Et parfois il n’y a que la France, la trop lointaine France qui, ne rêvons pas, continue son bout de chemin sans vous. Il y a tout ce qui vous a construit qui se dérobe avec les kilomètres, et d’autres choses sur place qui les remplacent partiellement. Souvent, vous vous dites que vous gagnez sur tous les tableaux. Mais il faut aussi s’attendre à perdre un peu, parce que cette année ce n’est pas un pack Disneyland (© Andreea). Et c'est certainement mieux comme cela.

 

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Lever de soleil sur Toronto

Par Margaux
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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 05:49

Après New York sans New York dans l’article précédent, voyons New York sous la pluie. L’Upper East Side et sa fameuse 5th Avenue, plein de piétons piaffant aux feux rouges, régulés par des policiers en gilet fluo absolument inutiles (les policiers, pas les gilets fluos) mais qui, selon la loi étrange voulant que toute personne en possession d’un sifflet et d’un minimum d’autorité se croit nécessairement supérieurement indispensable, font des moulinets au milieu des carrefours comme si l’ordre new-yorkais dépendait d’eux. Les magasins de luxe succèdent aux magasins wannabe de luxe (oui Abercrombie, c’est de toi que je parle), les tours succèdent aux buildings d’architecture plus classique, et la pluie glisse indifféremment sur l’acier et les pierres gris-beige. C’est à qui construira l’immeuble le plus à même d’attirer l’œil des passants, que ce soit grâce à un savant jeu de transparence-opacité des fenêtres de la boutique Louis Vuitton ou grâce à des arbres plantés sur le toit pour la Trump Tower.


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« Tiens, voilà l’Apple Store ! 

-Euh… où ça ?

-Ben là !

-Ben j’vois rien là… ah ben forcément, s’ils font un truc tout transparent… »

 

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Même sous la pluie battante, New York est littéralement grandiose. Ses rues sont traversées d’une dynamique extraordinaire, d’un souffle qui s’engouffre dans les portes à tambour, sous les roues des berlines noires et taxis jaunes, secoue les vendeurs de hot-dogs sur les trottoirs, agite les drapeaux américains suspendus à toutes les devantures et s’éloigne en ligne droite. S’il y avait une chose à retenir de New York, c’est ce choc là, ce choc du souffle et de l’immensité.

 

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New York est un endroit sans proportions, où tout semble être démultiplié. Des portions de nourriture offertes aux yeux des passants alléchés dans les devantures des multiples bakeries aux bâtiments, de la gare centrale aux magasins, des affichages publicitaires aux camions vrombissant, tout est gigantesquement énorme. Les magasins de jouet étalent des dizaines et des dizaines d’articles improbables, grotesques, drôles ou juste complètement dingues. Comme un baby-foot Barbie, qui se vend à 24 999$. Et 99 cts.


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Oui, mais c’est une édition limitée.

Le paroxysme est atteint sur Times Square, encore un endroit précédé par son mythe. Les gens sont capables de rester là des heures, à regarder des écrans lumineux sur lesquels défilent des publicités. C’est tout à fait fascinant et assez répugnant à la fois, toute cette énergie en un seul endroit finalement complètement inutile, dont la démesure heurte à la fois les yeux et la raison. Parce que c’est horrible, mais si cela n’existait pas, il faudrait l’inventer.

 

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Et puis, au milieu de cette foule grouillante à l’image de la gare centrale, il y a des endroits où cela s’arrête, le souffle retombe ou se fait moins présent. Il y a une place et sa salle de concert illuminée le soir, alors que la pluie vient enfin de déclarer forfait et qu’il ne fait pas si froid, finalement.

 

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Surtout, il y a Central Park sous la bruine. Ce n’est pas si vert, ce n’est pas si beau, ce n’est pas printanier du tout avec les immeubles au fond qui disparaissent dans le brouillard et cette humidité qui s’infiltre partout. Les arbres qui se penchent sur l’eau donnent un ton un peu triste à l’ensemble, malgré les cerisiers en fleur. Central Park par ce temps là est une représentation parfaite du mois d’avril.

 

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Parfois, la vie décide de tester ta résistance avec une cruauté assez déconcertante. Il a plu pratiquement sans discontinuer pendant les deux premiers jours. Le mardi soir Times Square était littéralement inondé, le cygne baissait les yeux et n’avalait rien. Est-ce que c’est moins pire d’avoir des remords ou des regrets ? Le mercredi soir, après ma visite du Met, qui a duré cinq heures, j’avais un total d’environ cinq mots à mon actif. Est-ce que l’art existe de la même façon lorsqu’il est aimé par une personne, une toute petite personne silencieuse, et lorsqu’il est admiré et partagé collectivement ? Ce soir là, je comptabilisais un second échec en moins d’une semaine, qui permettait de faire une superbe analogie entre mes fail et les bourdes de Frédéric Lefèbvre : il y en a tellement que cela confère au génie.

Et pourtant le cygne et moi nous avons ri, nous avons admiré, nous avons souri, nous avons photographié, nous nous sommes dévissés le coup pour apercevoir les sommets des gratte-ciels. Nous nous sommes délectées de brownies, alliance parfaite du moelleux du gâteau et des morceaux de chocolat noir croquants sous la dent avant de fondre. J’ai soigneusement émincé un chocolate swirl cheesecake, et Swan a raison, rien ne peut traduire ce « swirl » dans lequel, au détour du w qui s’enroule autour de la seule voyelle, on apprécie déjà le tourbillon chocolaté dans la préparation à la fois friable et crémeuse du gâteau.

Ce fut awkward. Awkward d’apprécier tous ces moments alors qu’objectivement, en temps normal, la pluie seule m’aurait donné envie de me jeter dans l’Hudson River. Là, elle s’est contentée de tomber, de glisser, de couler doucement autour de moi, en me trempant un peu.

Ce fut awkward. Awkwardement génial.

 

Il y a un moment où tout est tellement trop que plus rien n’a vraiment d’importance. C’est pour ces moments là que les chocolate frosted donuts à 1$ ont été inventés. Et c’est à ce moment là que le temps new yorkais a décidé que oui, j’aurais aussi droit à du soleil.


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Du soleil sur Bowling Green, les jardins près du port d’où part le ferry pour aller voir la Statue de la Liberté, et entre les arbres desquels on distingue les buildings de Wall Street étincelants au soleil.


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Du soleil sur le Brooklyn Bridge, parcouru à moitié jusqu’à tomber en arrêt devant les gravures d’un artiste de rue. Il parlait Français, et il avait dessiné un chat tranquillement assis regardant le Brooklyn Bridge à travers une fenêtre.


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Du soleil sur les vestiges de Ground Zero qui porte bien son nom puisqu’il n’y a strictement rien à cet endroit là, mais que cela sent les souvenirs et la poussière à des kilomètres, surtout avec la chapelle Saint Paul à côté. Du soleil sur les jardins près des quais et à travers la verrière d’un centre commercial désert à 10h du matin, verrière dans laquelle poussent des palmiers.


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Du soleil sur Chinatown et son MacDonald’s adapté, ce Chinatown qui bouffe peu à peu Little Italy. Pour tenter de conserver son prestige et l’époque des règlements de compte où l’on plantait joyeusement un couteau dans la main d’un traître avant de l’étrangler au lacet*, Little Italy déploie des tables de restaurant avec des nappes blanches sur les trottoirs. Cela fait européen, et les vrais faux accents des serveurs complètent le folklore.

* grosse référence à l'un de mes films préférés que tu dois avoir vu.

 

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Du soleil sur Soho, et le Meatpacking district, quartier qui abritait autrefois les boucheries maintenant réhabilitées en magasins de créateurs et restaurants lounges branchouilles (ce qui prouve donc que l’appellation « lounge » évoque quelque chose à d’autres gens que les parisiens). Non, je ne sors pas tout cela du Dieu Routard ou Saint Lonely Planet mais bien de mon guide personnel et pratiquement autochtone maintenant (Swan). Du soleil sur la High Line, ancienne voie de tramway reconvertie en chemin de promenade et de glandouille intense où les gens font bronzette et admirent le fleuve. Tellement de soleil que j’attrape un charmant coup de soleil sur la nuque pendant que Swan et moi nous racontons des scénarios de séries américaines nos vies (objectivement je ne vois pas trop de différence)(si ce n’est que nos vies sont passionnantes, elles).

 

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Du soleil sur Greenwich Village et ses rues légèrement obliques, fait très perturbant pour les américains. Les arbres en fleur sont toujours là, la plus petite maison de New York et les gays aussi, des terrasses lumineuses de restaurants dont les prix ne doivent rien envier à Paris entassent le plus de tables possible dans un minimum de place. Nous tombons sur le tournage de ce qui doit être un spot publicitaire pour une grande marque de vêtement, cf. la grande blonde maigre qui fait la gueule et marche bizarrement sur des talons de 20 cm.

 

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Du soleil sur Colonnade Row, une suite de maisons aux allures de temples grecs, sorte d’étrange revival antique au milieu d’une des villes les plus modernes du monde. Sur les rues hippies aussi, aux magasins improbables et qui sentent la weed. Nous faisons un détour par l’antre des Hells Angels qui parquent leurs fameuses motos devant une porte noire décorée de flammes mais ne voyons aucun monstre chevelu et tout de cuir vêtu en sortir (déception)(intense).

 

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Du soleil sur Washington square et son arc de triomphe, Union Square et son artiste de rue, les parkings en hauteur et les immeubles qui donnent l’impression de tomber en ruine. Et enfin le coucher du soleil sur Madison Square. Le Flatiron Building domine l’ensemble de sa forme si particulière qui, à cause du manque de recul, semble devoir tomber. La Metropolitan Life Tower et ses horloges se parent d’or et puis le ciel s’assombrit.


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Je sais que je ne reverrai jamais New York comme je l’ai vue pendant ses trois jours et demi. Parce que les circonstances, parce que Swan, parce que je m’attendais à ce que tout pue la fin, alors qu’en fait cela sentait l’acceptation.

Et la fat bouffe, aussi.

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Par Margaux
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Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 03:34

Lorsqu’on débarque dans une ville comme Toronto, c’est un peu comme une carte blanche que l’on s’applique à dessiner et à colorer au fur et à mesure de ses explorations. La ville s’offre simplement, on aime ou on n’aime pas, un peu en fonction d’elle et du hasard, beaucoup en fonction de soi. On peut avoir un a priori positif ou négatif selon ce que certains en ont dit (et j’espère, si vous avez un jour l'occasion d'y aller, que j’ai réussi à en donner une impression positive dans ces pages virtuelles), mais la ville n’évoque rien au départ dans l’imaginaire des Français.

Avec New-York, c’est complètement différent. Il y a New-York et l’idée que l’on se fait de New-York, cette espèce de mythe qui précède largement la découverte des buildings de Manhattan se découpant nettement sur un ciel rosé. Il est 7h mardi matin, je viens de passer la nuit dans le bus qui m’amène de Montréal à la Big Apple, et après un passage vraiment très éprouvant à la douane américaine (je ne me rappelle pas avoir jamais été traitée aussi mal de ma vie par un employé de l’Etat, et pourtant ma couleur de peau ne me prédispose pas à passer deux fois plus de temps devant le comptoir de la douane, comme les trois-quarts des gens présents ce soir là, qui furent bien plus maltraités que moi), j’arrive enfin. De New-York je vois d’abord le métro, boyaux labyrinthiques tortueux fort heureusement assez bien indiqués. J’ai l’impression d’être à Paris, même si ça pue moins et que les gens qui courent en costard-cravate sont équipés d’une cup de café, accessoire peu répandu sur les lignes parisiennes. On se bouscule de la même manière outre-Atlantique. De New-York je vois ensuite Brooklyn et un Dunkin’ Donuts (endroit béni où un donut coûte 1$), et puis la douce Swan qui vient nous récupérer, moi et mes bagages, à l’arrêt de métro.  

Il s’est mis à pleuvoir des cordes alors que nous avions planifié de visiter les petites rues de Soho. Changement de programme, on va se réfugier au Guggenheim. Le musée vaut autant pour son architecture propre que sa magnifique collection, autant pour ses rondeurs, ses spirales déconcertantes que ses Picasso, Braque ou Kandinsky.

 

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Photo prise par Swan. Mon appareil [qui est en fait celui de Bérengère puisque le mien est mort lors de mon dernier voyage] m'a lâchée, n'ayant plus de batterie [je ne suis pas du tout maraboutée avec les appareils photos]

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L’art du début du XXe siècle s’expose au gré du thème The Great Upheaval (1910-1918) et de l’interminable rampe du musée qui mène le visiteur du sol à la coupole. Les formes fragmentées de l’avant-garde cubiste, qu’elles soient sèches et cassantes chez Braque ou Picasso ou rondes et généreuses chez Fernand Léger, répondent aux couleurs vivesdes personnages de Chagall ou de l’expressionnisme allemand de Franz Marc (les deux photos des tableaux du Guggenheim viennent de Google Image).

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Franz Marc, The Yellow Cow (1911). Grâce à l’audio-guide, nous apprenons que cette fameuse vache jaune aux muscles saillants est une représentation de la femme du peintre. Cela ne doit pas être facile tous les jours d'être mariée à un artiste.

 

Le futurisme italien déploie sa violence et sa fureur belliqueuse dans la peinture et la sculpture, avec cette glorification de la guerre qui interpelle parce qu’on ne peut lui nier une certaine beauté. Et qu’il est fascinant de voir comment, sur le support le plus immobile qui soit, certains se sont essayé, avec succès, à la traduction de la vitesse.

Il y a aussi les couleurs de Delaunay et ses tours Eiffel en petits fragments. Les formes appuyées, parfois cadavériques, fantomatiques de l'expressionnisme. Et, quel que soit le mouvement, on trouve des portraits, des corps de femme que l'on distingue à peine ou qui sont offerts sans retenue sur les toiles.


Et puis, il y a une exposition sur Kandinsky et son travail avec le Bauhaus. Kandinsky ses cavaliers bariolés, Kandinsky et ses cercles sur fond sombre, puis Kandinsky et ses traits noirs caractéristiques lancés dans la couleur faisant naître des formes, des fragments, et autant d’interprétations.

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Kandinsky, Komposition 8 (1923)

 

Le lendemain il pleuvait toujours, il faisait toujours gris, et le MoMA a été littéralement pris d’assaut à tel point qu’alors que je suis enfin parvenue à la porte d’entrée, après une vingtaine de minutes de queue dans la rue, le parapluie ployant sous les bourrasques, littéralement submergée par le nombre de Français (proprement hallucinant dans les musées) on m’a gentiment annoncé que les billets n’étaient plus vendus, et qu’il me faudrait peut-être attendre encore une heure avant d’en obtenir un. J’ai donc remonté la cinquième avenue au pas de course, le long d’un Central Park humide et marronnasse, pour me retrouver au Metropolitan Museum, immense bâtiment à l’architecture classique dont les multiples galeries furent le théâtre de coups de foudre artistiques à répétition.

Brancusi capture l’essence du vol d’un oiseau. Gracieux, léger, éthéré.

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Constantin Brancusi, Bird in Space (1923)


Braque et Picasso, leurs formes fragmentées, retournées, détournées pour rendre compte sur un support plat d’une réalité en trois dimensions, se confondent.

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Francis Bacon fait émerger un visage de l’obscurité par trois fois.

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Francis Bacon, Three Studies for a self-portrait (1979) (la photo n'est pas de moi)


Les éclaboussures de Jackson Pollock, malgré leur apparente naissance hasardeuse au premier regard, ont la couleur et l’atmosphère de l’automne au second.

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Jackson Pollock, Autumn Rythm (Number 30) (1950)


La galerie d’art contemporain, avec des oeuvres notamment d’Andy Warhol, et son célèbre, gigantesque Mao.

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Et puis on change complètement d'époque et de style, mais j’adore les jeux de hors-champs chez Johannes Vermeer. C’est un peu comme si le vrai sujet du tableau n’y était pas, comme si ces personnages tournés vers des fenêtres ouvraient tout un monde de possible tant ils semblent captivés par quelque chose, mais nous ne sauront jamais quoi, et l’on peut tout imaginer. C’est un peu du cinéma, finalement.

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Johannes Vermeer, Young woman with a water pitcher (1662)

Woman with a lute (1664) (aucune des deux photos ne sont de moi)

 

Pour continuer avec les hollandais, les natures mortes de Willem Claesz Heda, regardées en détail, sont de véritables bijoux, finement ciselés de peinture blanche qui donnent tout le relief d’une coupe sculptée ou d’un zeste de citron.

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Willem Claesz Heda, Still life with oyster, a silver Tazza and Glassware (détails) 1635

 

Et pour terminer, la douceur des tableaux de Pierre-Auguste Renoir, qui me font penser à une chanson de Nougaro, et ses Figures on the Beach qui me feraient sentir les embruns et la caresse du vent dans ces jupes de femmes en plein musée. 

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Bon, cet article, c'est New York sans New York. C'est de ça que je vous parlais : le mythe et la ville, ce à quoi l'on s'attend forcément et ce qui se passe en réalité. Je ne m'attendais pas à avoir de la pluie pendant plus de la moitié de mon séjour. Et je ne m'attendais pas non plus à passer plus de cinq heures au Met (les expositions dont je parle ici ne sont qu'une infime partie de tout ce que j'ai vu) sans jamais me lasser. Finalement, New York à l'intérieur, c'est beau aussi, surtout lorsque Kandinsky et Brancusi s'y mettent.

Par Margaux
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 23:08

Deuxième voyage à Montréal pendant mon année nord-américaine. Il fait bien plus chaud que la première fois, mais c’est couvert et il pleut. De la pluie chaude d’été, qui rappelle la France un peu. J’aime ce que je vois autant que la première fois, mais je ravale toutes mes observations une à une, parce que la donne a changé, tellement changé. Je crois que je ressemble à un animal perdu ici, même les serveurs des cafés me regardent avec un peu de pitié. Gentillesse certes, mais pitié aussi. Ils m’aident à choisir la salade que je vais manger, comme si je n’allais pas y arriver toute seule.

Le port est envahi par les familles, les nombreuses et les jeunes couples avec poussette. Il y a des jeunes couples avec poussette partout. Les bâtiments du port sont vieux, laids, rouillés, tellement vieux, laids et rouillés que je les aime bien avec leur peinture qui s’écaille et ce rouge sombre qui perle sur le métal.

 

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Les parcs n’ont pas recouvré leurs couleurs pour le moment. Les arbres du parc du Mont-Royal sont toujours nus, et l’herbe jaune témoigne de la fonte des neiges trop récente, neige encore présente ça et là en paquets gris, informes et glissants. Je traverse le campus de l'université McGill avec mon sweat bleu foncé UofT, c’est de la provocation pure.

Je marche les cheveux au vent jusqu’au stade olympique, sorte de soucoupe volante posée à l’est de la ville, surplombée par un manche de casserole bétonné. Marcher les cheveux au vent a été élue pire idée de l’année par moi-même lorsque j’ai failli avoir une attaque en croisant un miroir. J’étais dans la boutique du Biodome montréalais, entre des grenouilles en peluche à -50%, des boucles d’oreilles en forme de feuille d’érable et des pingouins en résine lorsque j’ai compris pourquoi tous les enfants croisés pendant ma visite ont ri/hurlé de terreur/fondu en larmes en me voyant, rapport à ma coupe de cheveux, sensiblement semblable à celle de Cruella à la fin des 101 dalmatiens.

 

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Le Biodome est une sorte de musée dans lequel sont recréés quatre écosystèmes différents. La forêt subtropicale humide, l’érablière laurentienne, le Saint Laurent marin et le cercle polaire. Je vous rassure, il y a des vitres pour le dernier, séparant les pingouins et les manchots des humains qui les regardent. Alors que oui, dans la forêt subtropicale humide, on trébuche sur des oiseaux multicolores et il est possible que les tamarins lions dorés vous sautent dessus. Seul l’anaconda jaune est derrière une vitre, j’ai envie de dire : petits joueurs.

 

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J’ai (re)regardé Once Upon a Time in the West en mangeant des sushis. Ce qui est bien avec les westerns, c’est que cela ne parle jamais d’amour. Le cow-boy est un personnage qui se construit sans figure féminine, d’ailleurs Elizabeth Badinter le plaçait juste avant le robot de Terminator dans le stade évolutif du mâle ayant des problèmes d’identité sexuelle dû au rejet de la féminité et l’affirmation de l’ultra virilité (dans l’excellent XY). Bon, sauf que Sergio Leone étant un fucking genius, il a réussit à construire tout son chef-d’œuvre autour du personnage de Claudia Cardinale, qui est d’une beauté absolument stupéfiante avec sa robe lâchement nouée autour de ses épaules dorées. Mais surtout, c’est le personnage qui se bat, s’adapte, et le seul qui finit par s’en sortir. Moi j’ai du mal à avaler plus de trois sushis.

 

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C’est l’amie d’enfance de la Reine Mère qui m’héberge, avec son sourire, immense, ses yeux plissés assortis, et son optimisme à toute épreuve placardé sur la porte de son frigidaire. Elle m’emmène au marché Jean Talon, au milieu des étals de fruits et de légumes frais, entre les fromages et les spécialités québécoises qui rappellent tellement la France. Les petites pommes replètes croquent sous les dents, les tomates cerises éclatent dans la bouche en délivrant une saveur sucrée, les grains du raisin Muscat roulent sur la langue, le jambon est si finement coupé qu’il fond délicatement sur les papilles.

On passe en coup de vent dans une galerie d’art contemporain qui n’expose que des œuvres autour des crânes et des os. C’est un peu surréaliste de se retrouver là, de virevolter entre des lampes qui rappellent un peu un certain type d’art mexicain, des os de plastique et de résine, un tableau avec de la poussière de diamant (vendu pour la modique somme de 16 000$). Surréaliste, mais son sourire à elle est bien réel. 

Et puis finalement, il a fini par faire vraiment beau. Un beau soleil éclatant qu'on ne voit pas sur les photos mais qui chatouillait la peau sur la terrasse d’un café, projetant l’ombre de ma tasse de thé vert sur mon sablé à la noix de pécan. Je lis, et ce qu’il y a de bien avec les cafés, c’est qu’on peut y lire sans vraiment donner l’impression qu’on est écrasés de solitude. Ce qu'il y a de bien avec Montréal, c'est que c'est une ville géniale même lorsqu'on y arrive en pièces détachées.


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Par Margaux
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