Partager l'article ! L'amour au temps 2.0: ❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡❤♡ Nous sommes le 14 février 20 ...
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Nous sommes le 14 février 2012, et comme tous les ans à la même date, vous allez manger de la peluche rouge, du cœur rose, du kitsch et des petits cupidons dorés. Sachez que ma meilleure Saint Valentin fut celle de l’an de grâce deux-mil neuf, lorsque Cousine Brunette, alors âgée d’environ 9 ans, me rapporta de Venise un paquet de pâtes en forme de cœur et me le tendit en faisant la moue : « C’est maman qui veut t’offrir ça pour la Saint Valentin, mais j’vois pas pourquoi parce que ça va jamais te servir ».
Les enfants sont de bien cruelles créatures.
14 février 2012 donc, et je ne peux m’empêcher de penser que l’amour tel qu’il est pratiqué aujourd’hui est bien différent de celui qui agitait nos petits cœurs d’enfants, nous, la génération qui a vécu une enfance paisible sans internet. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence, après le tirage de cheveux de la préhistoire, les joyeuses orgies de l’Antiquité, la possessivité moyenâgeuse et le romantisme du XIXe, nous sommes passés au stade suivant dans l’évolution de la relation amoureuse.
❤ Le stade 2.0 ❤
Ce qui, soyons clairs, ne veut pas dire qu’on ne se tire plus les cheveux pour autant.
Aujourd’hui la relation amoureuse commence sur Facebook et se meurt au même endroit. Elle est difficile à distinguer de toutes les autres relations, puisqu’il est de bon ton de se mettre en couple avec sa meilleure amie, qui passe alors au statut suprême de Bestàah et a droit à une avalanche de petits cœurs sur son mur. Tout est prétexte à se faire des compliments, toutes les filles sont trop magnifiques, trop gentilles, trop belles, trop I -cœur- You et mee toòŏ (oui, j’ai bien fait marcher les caractères spéciaux sous Word).
Difficile à distinguer donc, mais elle existe. Elle commence par un nombre de « like » et de commentaires supérieurs à la moyenne, qui éveillent le doute. Quand Alfred like tout du profil de Sabine, il y a cachalot sous gravillon. Ensuite, la chose devient facebookement officielle. On peut partir du principe qu’entre les deux, les protagonistes de la relation amoureuse ont fait autre chose que se liker mutuellement les profils et commenter leurs photos de vacances au camping d’Hossegor. Mais rien n’est moins sûr avec les plus jeunes, qui ont l’art et la manière d’échapper à toute logique.
L’officialisation sur Facebook est souvent un grand moment, qui suscite nombre de réactions. Il est impressionnant de constater ce qu’un pauvre Sabine went from being « single » to « in a relationship » peut susciter. Les Bestáåãh aiment ça, le disent, commentent. Elles sont « tro contente pr toi », « tro happy 4 vous ». Cela permet à la fois de soutenir la copine nouvellement casée, mais aussi de montrer qu’elles méritent leur statut de Beståαah puisqu’elles savent. Car après il y a les autres, ceux qui n’ont pas l’honneur d’avoir été mis au courant, et dont les moult points d’interrogation confortent le statut exceptionnel de la Bestaáàh. Ils demandent qui c’est, depuis quand, et si Sabine est vraiment fourbe, elle leur répondra un laconique « j’texplikerai demain » qui n’aura pour seul effet que d’attiser cette soif de potins.
Suite à l’officialisation, il faut bien passer par la case photos. Car, rappelez-vous, Facebook n’a que deux fonctions :
❤ prouver à ses contacts qu’on est beaucoup plus heureux qu’eux
❤ prouver à ses contacts qu’on est beaucoup plus malheureux qu’eux
La publication de photographies du couple appartient évidemment à la première catégorie. Non contente d’impliquer des petits messages d’amour plein de cœurs et de points d’exclamation, la relation amoureuse 2.0 se compose d’albums originalement intitulés Mon Cœur ou Nous 2, vaste mise en scène d’une passion dévorante qui se traduit par des pelles roulées devant un smartphone. Les 162 clichés le sont à double titre, tous identiques, Alfred passant toujours son bras autour des épaules de Sabine lorsque c’est une photo de groupe. C’est à cela que l’on reconnaît les relations amoureuses récentes sur Facebook : les photos de groupe sur lesquelles, attention, ils n’ont d’yeux que pour eux. Les Bestáåah commentent et likent à qui mieux mieux, assénant les « vous êtes tro bo » et les « jvou souhaite d’être happy ». Et puis parfois, on accompagne les albums de citations profondes sur la vie et l’amour, des histoires de distance, d’espoirs et de feux. Victor Hugo prête ses mots à deux adolescents qui se tripotent dans un métro parisien bondé, on a un peu pitié des autres passagers de la rame, et on est un peu triste pour ce pauvre Victor.
Vient le temps des statuts. Ceux qui comptent les jours depuis le premier, les heures depuis la dernière passée ensemble. Ceux d’Alfred qui manque à Sabine et de Sabine qui donne tant de bonheur à Alfred. Et statut à statut, les choses se gâtent. Les Bestãaàh, sentant que le vent tourne, postent des encouragements ayant moins pour but d’encourager que de montrer au reste des contacts qu’elles, elles savent. Les autres en sont réduits, comme d’habitude, à aligner les points d’interrogation. Et se voient répondre l’inénarrable, l’incroyable, l’inimitable « j’te dis en message privé ». Entre étalage public et revendication du droit à la discrétion, voilà le paroxysme du paradoxe des réseaux sociaux atteint. La relation amoureuse 2.0 vit ses derniers sursauts, sous les yeux de 236 personnes qui se demandent à quoi peut bien correspondre le fait qu’Albert went from being « in a relationship » to « in a domestic partnership ».
« Domestic parternship », c’est pas une relation qu’on entretient avec son chat ?
La naissance de la relation amoureuse avait suscité de la curiosité, sa mort engendrera la haine. Lorsque tout est enterré, que même le domestic partnership ne peut plus rien pour nos deux protagonistes, alors la petite galaxie facebookienne qui est la leur se scinde en deux camps distincts que rien ne pourra jamais réconcilier. Les pro-Sabine commentent ses statuts dépressifs et like ses statuts haineux. Les pro-Alfred engagent une cyber-riposte immédiate. Les photos disparaissent et Victor Hugo abandonne son romantisme pour un désespoir calculé, ou bien est remplacé par quelque Guy Carlier, tellement plus cynique.
Et après le broyage de cou à la préhistoire, les empoisonnements de l’Antiquité, le duel moyenâgeux et le crime passionnel du XIXe, nous sommes passés au stade suivant dans l’évolution de la rupture amoureuse.
❤ Le stade 2.0 ❤
Ce qui, soyons clairs, ne veut pas dire qu’on ne se bat plus en duel pour autant.
Le problème de la rupture des temps cybernautiques, c’est qu’elle dure indéfiniment. Sabine voit toujours les statuts d’Alfred mais ne les commente plus. Alfred regarde les photos de Sabine et se demande qui est le mec là, à droite, celui qui est trop mal habillé et qui a tellement une tête de con en plus. On voit tout, on devrait s’empêcher de regarder les photos, mais c’est plus fort que soi, il faut regarder, savoir, comprendre, deviner. S’apercevoir au nombre de like et de commentaires qu’une autre relation amoureuse 2.0 est en train de naître. Traquer les photos révélatrices. Sombrer dans la désespérance et abreuver tous ses contacts de statuts dépressifs qui attireront plus de curiosité que de compassion car oui, la vie est cruelle même sur Facebook.
Et puis, tiens, un jour, une nouvelle demande d’ajout.
Et ses photos en maillot de bain sont carrément canons.
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(mais je les aime beaucoup quand même)
Chez Cécile, have you met her?
Chez Lili, sa revue fine et pertinente
Chez Simone de Bougeoir, c'est un peu hippie et très drôle
Chez Tania, la minute Papillon
Chez la Team ALTA, l'actualité people comme vous ne l'avez jamais lue
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