Après un rassemblement UMP à la
mairie de Tours et un meeting de François Bayrou dans la salle des congrès tourangelle (pendant lequel il ne s’est pas passé grand-chose si ce n’est que, grâce au
Nordiste, j’ai marchandé des accréditations avec succès, faisant ainsi un pas de plus dans le monde du journalisme, fait de culot et de petits arrangements avec la vérité pour arriver à entrer
quand une excitée en orange hurle qu’il n’y a plus de place)(sinon, François a aussi parlé des Polonais qui plantaient des arbres), difficile, égalité du temps d’attention oblige, de ne
pas pencher du côté rose de la force.
Photo : Reuters
J’étais donc
place du Capitole hier après-midi, entre le plateau de BFMTV et un écran géant, tandis que le Saint Père me racontait avec des trémolos dans la voix l’historique de ses meetings en terres
occitanes. A côté de nous, on essayait plutôt de repérer les visages connus.
Regarde, lui, c’est Olivier Mazerolle !
Vers 17h15, début du concert pour faire patienter les milliers de personnes qui piétinent. Ça parle de chômage, de
licenciements, de Molex et de capitalisme. De Nicolas Sarkozy aussi, un peu, et de partager plus pour partager plus.
La chanson militante, c’est quand même très spécial.
Derrière nous, Jean-Michel Baylet fait son apparition et reçoit deux coups de pinceau sur le visage avant d’être interviewé par
Olivier Mazerolle. Puis, c’est au tour de Manuel Valls, qui déclenche de véritables cris de groupie lors de son passage près de la foule. Le Saint Père n’est pas en reste.
Valls à Matignoooooon !
« Tu comprends, la dernière fois que j’ai dit "Rocard à Matignon", il a fini par y aller ! » Pendant ce temps,
Olivier Mazerolle se déchaîne contre un technicien qui, visiblement, n’arrive pas à lui mettre une oreillette. De rage, le journaliste finit par tout arracher, et se tient à dix centimètres du
nez de Manuel pour se faire entendre.
Devant nous, quatre impayables mamies armées de drapeaux s’agitent en rythme. Mamie Violette, mamie Panthère, mamie Marron et mamie Rousse se
tordent le cou pour regarder l’écran géant, sur lequel apparaît Aurélie Filippetti, venue chauffer la place.
Bonjour Toulouse !
Bongjoureuh !
Elle va me crever un œil avant la fin, avec son drapeau…
La députée commence son petit speech pré-meeting, accompagnée par Kader Arif. A la mention des actions du président sortant,
mamie Marron fait mine de vomir. « Qu’il dégage ! » s’exclame mamie Violette. Je me prends un coup de drapeau dans le
menton.
Sur scène est venue l’heure du name dropping des soutiens célèbres (et moins
célèbres) à François Hollande. Avant de conclure sur Axel Bauer, qui entonne « Eteins la lumière » avec sa guitare.
C’est moi ou il chante mal ?
Effectivement, pendant que le Saint Père signe un accord de coexistence pacifique avec mamie Violette pour arrêter de se
prendre des coups de drapeau dans les yeux, le « Cargo de nuit » fait naufrage.
Allez, c’est bientôt l’heure de l’apéro, faudrait qu’il arrive François !
Pas de doute, vous êtes dans le sud. Mamie Marron et mamie Violette font passer le temps en se livrant à un combat de capes et
de drapeaux. Non loin de nous, un jeune homme bien bronzé, en uniforme non-approuvé par Nadine Morano (sweat à capuche), embrasse une fille bien
blonde.
Axel Bauer est vite remplacé par Michel Fugain. Si la team troisième âge était déjà bien
dans l’ambiance, ce n’est rien par rapport à ce qui se produit alors. Mamie Rousse n’est plus tenable. Michel Fugain chante, a cappella, « Le Chiffon rouge », repris par toute la place
du Capitole. C’est le premier moment impressionnant de ce meeting en plein air, ce grondement qui monte, ce murmure sourd qui s'élève. A tel point que le
chanteur conclut : « je vous sens mûrs, les gars ».
Il chante a cappella et à Toulouse.
Un meeting socialiste n’empêche donc pas le Saint Père de tomber du côté lame de la vanne. Il cherche toujours
frénétiquement des yeux son cher, son grand, son génial Manuel Valls.
Bruissement dans la foule alors que Ségolène Royal, très populaire, s’approche.
On voit Ségolène ! Tu l’as vue Ségolène ?
Pardon, excusez-moi, je vais chercher Ségolène.
Tu crois que je l’embrasse ?
Oh, elle revient ! Elle revient !
Dix euros que je l’embrasse.
Où elle est ??
Elle est là ! Elle est là ! GEORGETTE, ELLE EST LA !
Elle est belle, hein ?
Tu as une photo ? Tu me l’envoies ?
Mamie Panthère est über-jalouse des photos de mamie Marron. Et mamie Violette s’appelle donc Georgette. Pendant ce temps, le
maire de Toulouse, Pierre Cohen, vient au pupitre, et entame un discours soporifique. Cela n’empêche pas les personnes présentes de siffler à la mention du « mépris du pouvoir en
place ».
Ce mec est très compétent. Mais il a le charisme d’une cocotte-minute.
Il est
18h30. La ponctualité, ce n’est pas maintenant. Debout depuis plus d’une heure, la foule fatigue un peu. Après Pierre Cohen vient Jean-Pierre Bel.
J’ai marché sur des pieds là, je m’en excuse.
Après Jean-Pierre Bel, Kader Arif blablate encore au micro. « Amène-nous-le, là ! On en a marre », soupire mamie
Panthère.
Après Kader Arif, Lionel Jospin. Acclamé, LIO-NEL évoque le pouvoir, les campagnes, les défaites, les futures victoires, le
pouvoir en place. Cela sent un peu la vie par procuration. Pendant ce temps, un journaliste de RMC nous apprend que François Bayrou vient d’annoncer qu’à titre personnel, il voterait Hollande.
« Rien n’est gagné », répondent le Saint Père et une quadragénaire perchée sur la barrière. Pour une autre, cela ne veut rien dire. « Moi aussi je voterai à titre personnel
dimanche ».
Et là, soudain, enfin, François. Mamie Panthère saute sur place. Non loin d’elle, Papy Vert, les bras
autour du visage de sa femme, hurle. La team troisième âge ne se tient plus.
Photo : Eric Cabanis, AFP
François Hollande cite Nougaro, ce qui fait toujours son petit effet sur la place du Capitole. Il salue tous les ralliés et
Lionel Jospin, raille son adversaire de débat, auquel il aurait peut-être du en proposer un deuxième.
« La porte ! », hurle quelqu’un à la mention de Nicolas Sarkozy.
Mouvement de
foule. Un homme frappe des militants. Bombe lacrymogène. Je n’ai jamais été aussi contente de faire 1, 20 mètre les bras levés debout sur une table. Je ne suis pas en train de cracher mes poumons
et frotter mes yeux rouges. Le service de sécurité maîtrise l'homme, Mamie Panthère prend sous son aile une jeune fille en larmes. Papy Vert n’a plus de voix, le Saint Père n’a plus d’yeux, même
plus pour Manuel.
François H. parle de François M., il promet qu'il sera le président du candidat qu'il a été. Fustige l'atmosphère xénophobe de
la droite et répète qu'il accordera le droit de vote aux étrangers. Précise aussi que si la gauche venait à avoir tous les pouvoirs, ce serait légitimement, par le suffrage
universel.
Comment accepter qu’un trader soit mieux payé qu’un chercheur ?
Mais ça, ça va pas changer tout de suite, coco…
Dix ans d’efforts…
POUR LE VIRER !!
Le discours s’achève sous les applaudissements nourris. Une militante, pieds nus jusque là, ramasse ses chaussures. La foule
hurle « on va gagner » avant d’entonner la Marseillaise. François Hollande se saisit d’un drapeau tricolore.
Il a tiré le drapeau d’une vieille du premier rang !
Photo : Patrick Kovarik pour La Montagne
La place se
vide. Mais tandis que certains partent, le Saint Père a la merveilleuse idée de m’entraîner vers François, qui descend de scène pour prendre un bain de foule. Je le soupçonne d'espérer vivement
que Manuel Valls sera à ses côtés.
Toucher le candidat socialiste, serrer sa
main, lui faire la bise, le tout en hurlant. Il est assez impressionnant de voir l'engouement que peut susciter un homme politique, cette ferveur admirative, cette passion
vociférante. Je revis la victoire en Top 14 du Stade Toulousain en 2008, lorsque les joueurs
étaient venus présenter le Bouclier de Brennus sur la même place, sous le même soleil, et avaient franchi les barrières de sécurité.
Là pour le coup, être minuscule n’est pas une chance. Surtout que, pour être tout à fait honnête, je préfère avoir
l'opportunité de voir Maxime Médard de près plutôt que François Hollande (oui, je suis faible).
Attention monsieur, vous écrasez la jeune fille !
Oh mais cette fille, c’est la mienne alors…
Par le truchement des bousculades, je me retrouve contre, tout contre un charmant jeune homme. Et peut donc vous assurer que
les meetings sont les derniers endroits propices à toute tentative de rapprochement (ex-aequo avec les stations de ski), le gus étant
infiniment plus intéressé par un quinquagénaire à lunettes, un peu enveloppé et menacé de calvitie que par moi, pas présidente mais encore tous mes cheveux.
La vie est vraiment trop injuste.
Le Saint Père finit par revenir à la raison. Nous laissons derrière nous les derniers irréductibles siffler et chanter la
victoire sur une place qui retrouve sa couleur d'origine. Mon géniteur ne lâche pas l'affaire.
J'adore ce type. Il est vraiment bien. De toute façon il est au centre de tout. Il est
génial. Et en plus il fait vachement jeune, hein. Tu as vu comme il fait jeune ?
Arrête de faire ta groupie ! Si François savait pour Manuel...
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