Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 00:13

Un claquement. Le bruit me fait lever les yeux. Je le reconnaitrais entre mille, il me rappelle toutes les fois où j’ai accompagné ma mère dans son laboratoire. Le son des gants médicaux à usage unique qui claquent sur la peau lorsqu’on les enfile. C’est toujours un peu chiant à mettre, et cette fois n’échappe pas à la règle. La femme les fait glisser sur ses poignets épais. Souvenirs de ma professeur d’SVT de 4e en plein cours d’éducation sexuelle, avec un préservatif dans une main et un pied de chaise dans l’autre. J’aimerais bien ne pas avoir si bonne mémoire.

Une fois les gants enfilés, elle s’avance, lente, lourde, elle doit faire trois têtes de plus que moi, et même si ce n’est pas bien difficile, c’est toujours impressionnant. C’est une montagne. Elle ne dit rien, j’obéis par anticipation, j’écarte les bras.

« Tournez-vous »


CRA-Cimade.jpgJe ne vois plus son pantalon bleu marine et son haut clair, mais je sens ses mains sur mes côtés, sous les bras. Elle touche mon soutien-gorge à travers ma chemise, le bandeau, les agrafes. Une fois, deux fois. Redessine ma colonne vertébrale de ses gros doigts avant de revenir au soutien-gorge, qui l’embête visiblement, parce qu’elle passe dessous, retourne sur les côtés, appuie sur les baleines qui me rentrent dans la peau.

Je ne bouge pas. A côté de moi, l’autre agent de la police aux frontières a déjà terminé de fouiller mon interprète. Il ne porte pas de soutien-gorge, c’est beaucoup plus rapide. La montagne s’attaque aux poches arrières de mon jean, fouillées sans ménagement, comme le reste, avant de glisser ses mains à l’intérieur, entre le pantalon et mes sous-vêtements. Pas très loin, pas très longtemps, mais j’ai le ventre qui se noue et la gorge qui s’assèche.

« Ecartez les jambes »

Mon interprète a déjà passé le portique de sécurité tandis qu’elle tâte chaque centimètre carré de tissu, qu’elle découvre ma cheville droite, remonte, s’arrête un instant, désagréable instant, avant de redescendre sur la cuisse gauche, le genou, de nouveau la cheville. C’est interminable. Son collègue s’impatiente, il me regarde, discrètement mais il me regarde, les bras en croix et les jambes écartées, tandis que la montagne s’affaire derrière moi, à mes pieds.


« Tournez-vous »


CRA-frontiere-barbele--copie-1.jpgJe lui fais face, on ne se regarde pas. Moi parce que je n’ai pas envie de la voir, elle parce qu’elle est trop concentrée, de nouveau, sur mon soutien-gorge. A travers ma chemise, la montagne passe ses doigts énormes sous mes seins, sous les baleines, les fais rouler sur mes côtes, les retire enfin. Plaque le tissu contre mon ventre. Elle m’attrape la nuque, vérifie mes cheveux. Je sens le plastique de ses gants contre ma peau mais je me dis qu’elle a fini, qu’elle a touché à peu près toutes les parties de mon corps.

En fait non, la montagne n’a pas fini. Elle pivote lentement sur elle-même pour attraper son détecteur de métaux à main. Le bracelet de mon poignet droit sonne. La montre à mon poignet gauche sonne. Mon soutien-gorge sonne. Elle arrête, recommence à tout toucher par-dessus mon chemisier, à déplacer, appuyer, soulever, enfoncer. Reprends son engin hurlant qui accuse ensuite le bouton de mon jean, la fermeture de mon jean, les pressions de mon jean.

« Vous avez quelque chose dans la poche ? »

Je n’ai même pas de poche à cet endroit là. La montagne m’abandonne, prend mon carnet, le secoue en l’air. Son collègue lui souffle qu’il l’a déjà vérifié, avec le stylo. Il m’avait demandé si c’était un stylo de James Bond, j’avais tenté une vanne, il n’avait pas ri. Elle repasse derrière quand même. Le soutien-gorge vient de se faire doubler par le papier et le crayon dans l’échelle des menaces potentielles.


« Vous êtes d’une association ? »

Non. Je réponds sans réfléchir. Cela aurait pu être pire. Elle aurait pu me demander si j’étais journaliste. La montagne semble s’écraser un peu pour me laisser passer le portique de sécurité. Je sonne, encore un coup du soutien-gorge, des boutons pressions et de la montre. Je vois mon interprète sourire, l’agent de la police aux frontières ouvrir la porte en soupirant. J’entre dans le couloir du Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu.

« Parloir 112. Vous avez vingt minutes. »

Centre-de-retention-administrative-Cornebarrieu.jpg

Photo

 

Par Margaux
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 00:52

Quand on a fait allemand première langue, on a visionné plein de films allemands. Oui, j’ai décidé d’apprendre le teuton au lieu de l’anglais lorsque j’étais en CM2, un choix qui illustrait déjà mon anticonformisme teinté de masochisme, mais aussi mes lacunes géographiques (quand on habite à Toulouse, on a plus de chance de partir en vacances à Barcelone qu’à Berlin). J’ai poursuivi au lycée puis à Sciences Po, poussant l’autodestruction jusqu’à prendre un cours le lundi à 8h, grand moment de comatage collectif. Je pensais avoir touché le fond, jusqu’à ce que, pour mon premier cours de Deutsche Literatur à University of Toronto, je sois obligée de traduire Kant de l’allemand à l’anglais. Après avoir survécu à cela, j’avoue m’être trouvé quelques points communs avec Dieu. Tous les gens qui, un jour, ont étudié la langue de Goethe savent, outre des histoires saugrenues de datif et d’accusatif, que tous les profs d’allemand 1) sont un peu frappadingues et 2) diffusent les mêmes films à tous leurs élèves. On a tous vu Goodbye Lenin 146 fois et Das Leben der Anderen n’a plus aucun secret pour nous. Surtout, on se rend compte que le cinéma teuton est légèrement monosujet. Comme s’il ne s’était absolument rien passé avant 1933, tous les films outre-Rhin contemporains parlent du IIIe Reich ou de la RDA (ou du moins, tous les films qui trouvent des diffuseurs en France). Heureusement, la plupart sont de bons films. Et c’est exactement le cas du dernier en date, Barbara.


Barbara---Nina-Hoss-Christian-Petzold.jpg

En 1980, l’Allemagne de l’Est c’est la contrebande, les voitures branlantes que l’on attend pendant dix ans, les bus qui ne passent jamais et les mêmes trains que vingt ans plus tôt. C’est aussi, surtout, cette méfiance généralisée, ces regards furtifs jetés par tous sur chacun. Pour vérifier. Que sa voisine se comporte bien en membre respectable du régime. Ou que son nouveau chef n’est pas un agent de la Stasi chargé d’épier son personnel. Dans cette atmosphère lourde de suspicion et de regards en coin, Barbara se mure dans le silence. La jeune femme est pédiatre, fraîchement exilée de Berlin dans une ville de province au bord de la mer, visiblement pour s’assurer qu’elle ne fuira pas le communisme. Engagée dans le petit hôpital, elle ne répond aux gentillesses et à l’attention de son supérieur, le Docteur André, que par une froide indifférence. Ses mots claquent, durs, catégoriques, pour dire qu’elle n’est pas naïve, qu’elle sait, qu’elle est persuadée qu’il écrit des rapports sur elle après l’avoir aimablement raccompagnée. Son exil provincial ne l’empêche pas de retrouver Jörg, amant qui traverse la frontière sans problèmes et planifie son évasion, mais Barbara passe son temps à se cacher, à regarder par-dessus son épaule, à se faire petite, transparente et si distante. L’Allemagne de l’Est selon Christian Petzold, c’est cette destruction systématique de tout rapport humain, cette absence de confiance qui réduit en miette toute tentative de socialisation. L’Allemagne de l’Est est d’abord celle de la solitude.


Barbara---Nina-Hoss.jpg

Là où Barbara se distingue des autres films, c’est dans la délicatesse, de l’histoire et de la réalisation. Christian Petzold a une manière extrêmement élégante de filmer les hésitations de cette femme, son déchirement entre le devoir ici et la vie rêvée avec son amant là-bas, tout en nuance. Barbara est une œuvre à l’image de son personnage principal : belle est silencieuse. La RDA n’est plus cet univers grisâtre et triste que l’on a si souvent retrouvé devant les caméras des cinéastes nationaux. Elle retrouve le soleil, les arbres et les herbes hautes qui se couchent sous le vent, dans la lumière. Loin de réhabiliter le régime (les scènes des fouilles policières, brutales et répétées, ne laissent transparaître aucune ostalgie), le cinéaste en brosse un portrait à l’incroyable finesse. Peu à peu, l’évidence de l’évasion se fait moins forte, le champ des possibilités de ce côté du rideau de fer s’élargit. Il faut dire que le Dr André a cette bienveillance, cette douceur, cette attention à l’autre, corollaire de l’espionnage omniprésent, qui font défaut à Jörg. Il est d’ailleurs intéressant de comparer les scènes dans lesquelles apparaissent les deux hommes. Violence passionnée des retrouvailles dans la forêt, nuit à l'hôtel avec champagne et diamant, celles de l’amant de l’Ouest semblent sorties du cinéma hollywoodien. Délicates attentions presque imperceptibles et ratatouille maison, celles du Dr André sont plutôt à chercher du côté des scandinaves et de leurs bruyants silences.


Barbara---film-allemand.jpg

Qui ne roule pas à vélo n'est pas teuton


Le film de Christian Petzold se construit peu à peu, crescendo mais non linéaire, pour plonger finalement dans le fracas des vagues sur le sable froid. La scène pas tout à fait finale est d’une beauté à couper le souffle, faite uniquement d’images presque en noir et blanc et de sons, comme si tout se brouillait au moment précis où Barbara, enfin, fait un choix qu’elle espère éclairé. Et où son prénom devient un cri, de désespoir ou de remerciement, on ne saura jamais vraiment, hurlé par-dessus le bruit assourdissant de la mer. Nina Hoss, dont le chignon blond sur l’affiche me faisait penser à Kim Novak dans Sueurs Froides d’Alfred Hitchcock, est une actrice magnifique, une vraie grande interprète, qui achève de porter un film déjà si bien mis en scène. Cela valait bien un Ours d’argent au Festival de Berlin. 

Barbara---Christian-Petzold.jpg

Par Margaux
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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 09:50

Après un rassemblement UMP à la mairie de Tours et un meeting de François Bayrou dans la salle des congrès tourangelle (pendant lequel il ne s’est pas passé grand-chose si ce n’est que, grâce au Nordiste, j’ai marchandé des accréditations avec succès, faisant ainsi un pas de plus dans le monde du journalisme, fait de culot et de petits arrangements avec la vérité pour arriver à entrer quand une excitée en orange hurle qu’il n’y a plus de place)(sinon, François a aussi parlé des Polonais qui plantaient des arbres), difficile, égalité du temps d’attention oblige, de ne pas pencher du côté rose de la force.

 

Francois-Hollande-meeting-Toulouse-presidentielle-2012.jpg

Photo : Reuters

 

J’étais donc place du Capitole hier après-midi, entre le plateau de BFMTV et un écran géant, tandis que le Saint Père me racontait avec des trémolos dans la voix l’historique de ses meetings en terres occitanes. A côté de nous, on essayait plutôt de repérer les visages connus.

Regarde, lui, c’est Olivier Mazerolle !

 

Vers 17h15, début du concert pour faire patienter les milliers de personnes qui piétinent. Ça parle de chômage, de licenciements, de Molex et de capitalisme. De Nicolas Sarkozy aussi, un peu, et de partager plus pour partager plus.

La chanson militante, c’est quand même très spécial.

 

Derrière nous, Jean-Michel Baylet fait son apparition et reçoit deux coups de pinceau sur le visage avant d’être interviewé par Olivier Mazerolle. Puis, c’est au tour de Manuel Valls, qui déclenche de véritables cris de groupie lors de son passage près de la foule. Le Saint Père n’est pas en reste.

Valls à Matignoooooon !

« Tu comprends, la dernière fois que j’ai dit "Rocard à Matignon", il a fini par y aller ! » Pendant ce temps, Olivier Mazerolle se déchaîne contre un technicien qui, visiblement, n’arrive pas à lui mettre une oreillette. De rage, le journaliste finit par tout arracher, et se tient à dix centimètres du nez de Manuel pour se faire entendre.


Devant nous, quatre impayables mamies armées de drapeaux s’agitent en rythme. Mamie Violette, mamie Panthère,  mamie Marron et mamie Rousse se tordent le cou pour regarder l’écran géant, sur lequel apparaît Aurélie Filippetti, venue chauffer la place.

Bonjour Toulouse !

Bongjoureuh !

 

Elle va me crever un œil avant la fin, avec son drapeau…

 

La députée commence son petit speech pré-meeting, accompagnée par Kader Arif. A la mention des actions du président sortant, mamie Marron fait mine de vomir. « Qu’il dégage ! » s’exclame mamie Violette. Je me prends un coup de drapeau dans le menton.

Sur scène est venue l’heure du name dropping des soutiens célèbres (et moins célèbres) à François Hollande. Avant de conclure sur Axel Bauer, qui entonne « Eteins la lumière » avec sa guitare.

C’est moi ou il chante mal ?

Effectivement, pendant que le Saint Père signe un accord de coexistence pacifique avec mamie Violette pour arrêter de se prendre des coups de drapeau dans les yeux, le « Cargo de nuit » fait naufrage.

 

Allez, c’est bientôt l’heure de l’apéro, faudrait qu’il arrive François !


Pas de doute, vous êtes dans le sud. Mamie Marron et mamie Violette font passer le temps en se livrant à un combat de capes et de drapeaux. Non loin de nous, un jeune homme bien bronzé, en uniforme non-approuvé par Nadine Morano (sweat à capuche), embrasse une fille bien blonde.

Axel Bauer est vite remplacé par Michel Fugain. Si la team troisième âge était déjà bien dans l’ambiance, ce n’est rien par rapport à ce qui se produit alors. Mamie Rousse n’est plus tenable. Michel Fugain chante, a cappella, « Le Chiffon rouge », repris par toute la place du Capitole. C’est le premier moment impressionnant de ce meeting en plein air, ce grondement qui monte, ce murmure sourd qui s'élève. A tel point que le chanteur conclut : « je vous sens mûrs, les gars ».

 Francois-Hollande-meeting-Toulouse-Michel-Fugain.jpg

Il chante a cappella et à Toulouse.

Un meeting socialiste n’empêche donc pas le Saint Père de tomber du côté lame de la vanne. Il cherche toujours frénétiquement des yeux son cher, son grand, son génial Manuel Valls.

 

Bruissement dans la foule alors que Ségolène Royal, très populaire, s’approche.

On voit Ségolène ! Tu l’as vue Ségolène ?

Pardon, excusez-moi, je vais chercher Ségolène.

Tu crois que je l’embrasse ?

Oh, elle revient ! Elle revient !

Dix euros que je l’embrasse.

Où elle est ??

Elle est là ! Elle est là ! GEORGETTE, ELLE EST LA !

Elle est belle, hein ?

Tu as une photo ? Tu me l’envoies ?

Mamie Panthère est über-jalouse des photos de mamie Marron. Et mamie Violette s’appelle donc Georgette. Pendant ce temps, le maire de Toulouse, Pierre Cohen, vient au pupitre, et entame un discours soporifique. Cela n’empêche pas les personnes présentes de siffler à la mention du « mépris du pouvoir en place ».

Ce mec est très compétent. Mais il a le charisme d’une cocotte-minute.

 

Il est 18h30. La ponctualité, ce n’est pas maintenant. Debout depuis plus d’une heure, la foule fatigue un peu. Après Pierre Cohen vient Jean-Pierre Bel.

J’ai marché sur des pieds là, je m’en excuse.

Après Jean-Pierre Bel, Kader Arif blablate encore au micro. « Amène-nous-le, là ! On en a marre », soupire mamie Panthère.

 

Après Kader Arif, Lionel Jospin. Acclamé, LIO-NEL évoque le pouvoir, les campagnes, les défaites, les futures victoires, le pouvoir en place. Cela sent un peu la vie par procuration. Pendant ce temps, un journaliste de RMC nous apprend que François Bayrou vient d’annoncer qu’à titre personnel, il voterait Hollande. « Rien n’est gagné », répondent le Saint Père et une quadragénaire perchée sur la barrière. Pour une autre, cela ne veut rien dire. « Moi aussi je voterai à titre personnel dimanche ».

 

Et là, soudain, enfin, François. Mamie Panthère saute sur place. Non loin d’elle, Papy Vert, les bras autour du visage de sa femme, hurle. La team troisième âge ne se tient plus.

 

Francois-Hollande-meeting-Toulouse-Lionel-Jospin.jpg

Photo : Eric Cabanis, AFP


François Hollande cite Nougaro, ce qui fait toujours son petit effet sur la place du Capitole. Il salue tous les ralliés et Lionel Jospin, raille son adversaire de débat, auquel il aurait peut-être du en proposer un deuxième.

« La porte ! », hurle quelqu’un à la mention de Nicolas Sarkozy.

 

Mouvement de foule. Un homme frappe des militants. Bombe lacrymogène. Je n’ai jamais été aussi contente de faire 1, 20 mètre les bras levés debout sur une table. Je ne suis pas en train de cracher mes poumons et frotter mes yeux rouges. Le service de sécurité maîtrise l'homme, Mamie Panthère prend sous son aile une jeune fille en larmes. Papy Vert n’a plus de voix, le Saint Père n’a plus d’yeux, même plus pour Manuel.

 

François H. parle de François M., il promet qu'il sera le président du candidat qu'il a été. Fustige l'atmosphère xénophobe de la droite et répète qu'il accordera le droit de vote aux étrangers. Précise aussi que si la gauche venait à avoir tous les pouvoirs, ce serait légitimement, par le suffrage universel. 

Comment accepter qu’un trader soit mieux payé qu’un chercheur ?

Mais ça, ça va pas changer tout de suite, coco…

Dix ans d’efforts…

POUR LE VIRER !!

 

Le discours s’achève sous les applaudissements nourris. Une militante, pieds nus jusque là, ramasse ses chaussures. La foule hurle « on va gagner » avant d’entonner la Marseillaise. François Hollande se saisit d’un drapeau tricolore.

Il a tiré le drapeau d’une vieille du premier rang !

 

Francois-Hollande-Toulouse-meeting-presidentielle-2012.jpeg

Photo : Patrick Kovarik pour La Montagne

 

La place se vide. Mais tandis que certains partent, le Saint Père a la merveilleuse idée de m’entraîner vers François, qui descend de scène pour prendre un bain de foule. Je le soupçonne d'espérer vivement que Manuel Valls sera à ses côtés. 

 Toucher le candidat socialiste, serrer sa main, lui faire la bise, le tout en hurlant. Il est assez impressionnant de voir l'engouement que peut susciter un homme politique, cette ferveur admirative, cette passion vociférante. Je revis la victoire en Top 14 du Stade Toulousain en 2008, lorsque les joueurs étaient venus présenter le Bouclier de Brennus sur la même place, sous le même soleil, et avaient franchi les barrières de sécurité. 

Là pour le coup, être minuscule n’est pas une chance. Surtout que, pour être tout à fait honnête, je préfère avoir l'opportunité de voir Maxime Médard de près plutôt que François Hollande (oui, je suis faible).

Attention monsieur, vous écrasez la jeune fille !

Oh mais cette fille, c’est la mienne alors…

Par le truchement des bousculades, je me retrouve contre, tout contre un charmant jeune homme. Et peut donc vous assurer que les meetings sont les derniers endroits propices à toute tentative de rapprochement (ex-aequo avec les stations de ski), le gus étant infiniment plus intéressé par un quinquagénaire à lunettes, un peu enveloppé et menacé de calvitie que par moi, pas présidente mais encore tous mes cheveux.

La vie est vraiment trop injuste.

 

Le Saint Père finit par revenir à la raison. Nous laissons derrière nous les derniers irréductibles siffler et chanter la victoire sur une place qui retrouve sa couleur d'origine. Mon géniteur ne lâche pas l'affaire.

J'adore ce type. Il est vraiment bien. De toute façon il est au centre de tout. Il est génial. Et en plus il fait vachement jeune, hein. Tu as vu comme il fait jeune ?

Arrête de faire ta groupie ! Si François savait pour Manuel...

Par Margaux
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 11:41

 

HS52---The-Week-Sarkozy-guillotine.jpg__ Les journalistes de la semaine, ce sont les anglo-saxons. Car oui, les petites histoires de la campagne présidentielle française intéressent la presse britannique et américaine. Le Guardian a ainsi décidé de mettre son petit grain de sel en publiant une « interview exclusive » de Dominique Strauss-Kahn entre les deux tours, dans lequel l’amateur de « matériel » à essayer dans des hôtels sympas aurait déclaré que l’affaire du Sofitel était un complot de ses « opposants politiques ». Un article aux allures de pétard mouillé tant il était survendu par le journal. L’entourage de DSK a également conspué le Guardian en affirmant que l’ancien directeur du FMI n’avait jamais donné d’interview, et que celle-ci n’était qu’un montage à partir du livre d’Edward Epstein, Three days in May. Plus déontologique mais tout aussi polémique, The Week n’y est pas allé de main morte en dessinant Nicolas Sarkozy prêt à être guillotiné sur sa une. L’édition américaine titrait « Sarkozy est-il fini ? » tandis que la britannique se demandait s’il était « bon pour la guillotine ? ». Aux yeux des anglo-saxons, la France restera visiblement toujours celle de 1789. Last but not least, The New Yorker, magazine américain aux unes toutes plus belles les unes que les autres, a publié un article intitulé « Vive la France » (dans la langue de Molière, s’il-vous-plaît). Son auteur, Adam Gopnik, n’est pas tendre avec François Hollande, « inoffensif, myope et soucieux de son poids », auquel on est obligé de prêter une double vie afin de faire de lui « non seulement un homme politique, mais aussi un être humain crédible ». Egalité oblige, Nicolas Sarkozy en prend également pour son grade, lui qui semble « arrogant plus qu’énergique » et n’a jamais su se défaire de son image bling-bling. Mais, et c’est là que cela devient très intéressant, Adam Gopnik s’étonne surtout de l’absence de voix au centre. Avec un ton léger, drôle et impertinent, il livre son analyse en cas de victoire de François Hollande. Selon lui, un président socialiste ne pourra pas faire grand-chose de socialiste en ces temps de rigueur. Et le journaliste de fustiger l’anti-européanisme américain, dans une ode vibrante à la social démocratie, l’un des « plus grands succès de l’Histoire [de l’Europe] » qui, « comme tous les succès, peut sembler exaspérant de banalité ». Seulement voilà, pour Adam Gopnik, un homme trop doux et trop normal sera toujours mieux qu’un anticonformiste convaincu.

 

__ Le coup de gueule de la semaine, c’est celui des internautes tunisiens. Plus d’un an après le début du Printemps arabe, ils ont en effet vivement critiqué le nouveau président de la Tunisie, Moncef Marzouki. En cause : une vidéo postée par le bureau de presse de la présidence tunisienne le 26 avril, sur laquelle Marzouki, en visite non programmée sur un marché, est acclamé par des « Vive le président ! Vive Marzouki ! » et se fait baiser la main par deux hommes qui s’inclinent. Or, ce baise-main de révérence, pratique courante lorsque Ben Ali était au pouvoir, est maintenant perçu comme contraire aux valeurs de la Tunisie post-révolutionnaire. Le bureau de presse a eu beau remplacer la vidéo incriminée par une autre sans baise-main, toute la Toile tunisienne s’est enflammée. Si certains ont défendu Marzouki, arguant qu’il n’était pas responsable de se faire baiser les mains, d’autres l’ont condamné pour ne pas avoir réagi. La bloggeuse Emna Ben Jemna lui a ainsi reproché, dans son billet « Vive la médiocrité… Vive Marzouki », de « sourire fièrement », alors que même Ben Ali avait pour habitude de retirer sa main lors de ces manifestations serviles.

 

 

 

 

__ La plainte de la semaine, c’est celle déposée par Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-François Copé. Les deux ministres UMP ont en effet été insultés sur Twitter par Baptiste Fluzin, utilisateur du réseau social, qui les a respectivement traités de « grosse salope » et « fils de pute », ce qui, nous en conviendrons, n’est vraiment pas très inspiré. Les insultes ont été proférées sur une « twitpic » (une photo), supprimée depuis, mais ce n’est pas à un internaute ayant plus de 5000 abonnés au moment des faits que l’on apprendra que rien ne se perd ni ne s’oublie jamais sur internet. NKM et Jean-François Copé ont porté plainte et Baptiste Fluzin a reçu une citation directe à comparaître. S’il ne lui est demandé qu’un euro symbolique de dommages et intérêts, (il devra en revanche s’acquitter des frais de justices des plaignants, soit environ 5000 euros), la véritable sanction infligée est pour le moins inédite : Baptiste Fluzin devra tweeter 466 fois « J’ai gravement injurié Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet. Je le regrette et leur présente mes excuses ». 466 tweets qui correspondent au nombre de vues de la photo délictueuse (le fait que le nombre d'abonnés au compte de l'internaute incriminé soit largement supérieur à 466 semble avoir échappé à quelqu'un) et représentent un tweet toutes les minutes pendant près de huit heures. Comme le précise la citation à comparaître, Baptiste Fluzin aurait certainement mieux fait de les traiter de « mémé Tartine » et de « facho », ce dernier terme étant « dérivé du mot fasciste, lequel s’étant détaché du sens premier pour qualifier quelqu’un d’intolérant ». En attendant, l’internaute a reconnu les faits, se dit prêt à accepter le jugement et a tenté de s’expliquer sur internet.

 

__ Le pire de Twitter cette semaine nous est aimablement fourni par l’un des peoples les plus inutiles de l’histoire du people, j’ai nommé le grand, l’immense Mickaël Vendetta. Pour les bienheureux qui ne voient absolument pas de qui il s’agit, sachez qu’après avoir commencé par poster sur un skyblog des vidéos dans lesquelles il s’enduisait le corps d’huile au ralenti (true story), le gus a lancé le concept de la « beaugossitude », participé à La Ferme Célébrités et gagné l’émission, et écumé les boîtes de nuit. Depuis il est devenu « producteur », ce qui signifie visiblement « commander des vidéos me mettant en scène de manière très naturelle, cheveux aux vents et lunettes de soleil de beauf », a lancé une marque de vêtements, et tient un blog et un compte Twitter qui assassinent l’orthographe et les règles de ponctuation tous les jours. C’est sur ce dernier que Mickaël Vendetta a apporté son soutien à Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. Tout en finesse d’esprit et d’écriture et en formules bien senties. Gageons que le président sortant est aussi ravi de se voir apporter ce soutien que si des dizaines centaines milliers de mosquées avaient appelé à voter pour lui.

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Et non, ce n'est pas tout.

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Il n'aura échappé à personne que ce dernier tweet peut prendre l'exemple de son propre auteur pour démontrer empiriquement ses propos. Brillant.

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Si Hollande passe, il mangera vos enfants. Do not forget.

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__ La déclaration d’amour de la semaine, c’est celle de Nicolas Sarkozy, via son clip de campagne d’entre-deux tours. Je vous laisse deviner à qui elle est destinée. Mais non, ce ne sont pas les immigrés.

 

 

Paix, amour et poutoux for you all.

 

Par Margaux
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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 09:25

Avengers est typiquement le genre de film qui promet d’être un navet. Les extraits diffusés avant sa sortie donnaient peu ou prou envie de s’enfoncer les doigts dans les yeux et les oreilles. Les films dont il était la suite ne présageaient rien de bon : Iron Man 2 est un navet fini, Captain America, quoi que pas dénué d’autodérision, ne s’inscrit pas au panthéon des films de super héros et Thor n’avait pour lui que Natalie Portman, ce qui est certes déjà bien mais ne suffit pas à faire un film. On pouvait légitimement s’attendre à ce qu’une suite commune rassemblant les trois susmentionnés, auxquels viennent s’ajouter l’Incroyable Hulk, Black Widow et Œil-de-Faucon, soit scénaristiquement aussi riche qu’une œuvre de Fabien Oteniente (qui a réalisé 3 zéros, Jet Set, et les deux Camping, pour vous donner une idée du niveau). Et pourtant, contre toute attente, on sort de la projection d’Avengers repus, et encore tellement sonnés qu’il faut du temps pour réaliser qu’on vient d’être agréablement surpris.


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Pourtant, tout ne commence pas pour le mieux. Dans la première demi-heure, face à la menace que représente Loki, petit frère de Thor toujours pas remis de s’être fait viré de son trône et bien décidé à se venger sur les êtres humains, le SHIELD, agence d’espionnage internationale, décide de réactiver le programme Avengers. Il faut donc aller repêcher tous les super héros éparpillés de l’Inde à la Russie, entreprise aussi fastidieuse pour le SHIELD que pour le spectateur, mais absolument nécessaire pour contrer les plans machiavéliques d’un néo-gothique corné. L’avantage de commencer faiblement, c’est que cela ne peut que s’améliorer par la suite. Une fois réunies, les personnalités se découvrent et s’affrontent. C’est là que s’exprime, pour la première fois, le talent de Joss Whedon, tant dans l’écriture que dans la réalisation.


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Car le cinéaste a réussi à ne garder que le meilleur des prequels de son Avengers, l’essence même des personnages, du docteur Banner luttant constamment pour ne pas laisser libre cours à sa colère à une Black Widow rongée par les remords des fautes passées. Robert Downey Jr domine le casting de la tête et des épaules, bénéficiant du rôle de mégalo-cynico-comique insupportablement insupportable qui lui va si bien. Tony Stark est le héros typique de demain, celui qui n’a rien d’un mec porté par la bonté et la paix dans le monde, avide de gloire et de technologies. Il est d’ailleurs le seul à ne pas vivre reclus, par opposition à un Captain America, sorte de vestige de la Guerre Froide complètement décalé, idéaliste à ses heures, et toujours vêtu d’un « costume qui a) est complètement has-been et b) ne sert à rien ».


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Les super-héros Marvel sont-ils dépassés ? C’était une question légitime au vu de ce qu'ils étaient devenus : des produits, des franchises, la poule aux oeufs d'or des studios Disney, récemment mis à mal par l'échec cuisant de John Carter. Question d'autant plus pertinente que leurs plus célèbres concurrents, Spiderman et Batman, ne cessaient quant à eux de se remettre en quête d’eux-mêmes dans des films de plus en plus sérieux, de plus en plus complexes. Avec Avengers, c’est tout un univers vintage qui renaît, sans souci de réalisme ni plongée introspective dans les méandres de l’âme humaine. Cela ne signifie pas que le film de Whedon soit dénué de fond, mais il est indéniablement plus léger, et plus dans l’esprit Marvel. Une légèreté à mettre sur le compte d’un humour omniprésent. Pas sous formes de blagues dont la lourdeur n’a d’égal que la facilité, à l’instar de la plupart des blockbusters ou des James Bond de la fin de l’ère Roger Moore, non, un vrai retour du fun dans les films de super héros. Joss Whedon parvient notamment à insuffler une dimension comique à Hulk (excellent Mark Ruffalo), personnage pourtant tragique.


Avengers---Hulk-Mark-Ruffalo.jpg

Suivant une construction qui va crescendo, c’est avec la scène finale qu’Avengers, à l’instar de ses protagonistes, devient une véritable machine de guerre. Magnifiquement bien réalisé, l’affrontement entre les Avengers et l’armée de Loki est un petit bijou, assemblage intelligent de plans séquences qui nous font passer d’un Iron Man bataillant dans les airs à Œil-de-Faucon, perché sur le toit d’un building new-yorkais, avant de suivre les bonds de Hulk puis les pirouettes de Black Widow. N’en déplaise aux pourfendeurs de la 3D, celle-ci a le mérite d’avoir obligé les réalisateurs à rallonger leurs plans, ce qui les empêche de calquer leurs films d’action sur un générique des Experts et apporte une fluidité bienvenue. Avengers est une mécanique parfaitement huilée, et le combat dans les rues et le ciel de Manhattan révèle d’excellents choix esthétiques.


Avengers---captain-america-joss-whedon-chris-evans.jpg

 

Alors bien sûr, le dernier-né Marvel n’est pas le summum de la finesse, Tony Stark ne cèdera jamais aux appels du sérieux, et tout transpire l’ironie finalement un peu vaine. Surtout, alors qu’Alfred Hitchcock avait bien dit qu’un film est réussi lorsque le méchant l’est également, Loki fait aussi peur que les participants de Confessions Intimes (donc un peu peur, certes, mais suscitant quand même plus de pitié que d’effroi). Mais on aurait tort de se priver d’une œuvre du genre aussi maîtrisée. Pour réfléchir et sortir de l’autodérision perpétuelle, on se rabattra sur le Dark Knight Rises de Christopher Nolan. Avengers fonctionne justement parce qu’il assume ses défauts de film de super héros, et livre de manière totalement décomplexée du grand, grand spectacle. Délicieusement jouissif.

Par Margaux
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