Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 08:42

__ L’intervention télévisée de la semaine, c’est celle de Nicolas Sarkozy lundi soir. Notre bien-aimé président de la République était l’invité de Paroles de Candidat, émission présentée par Laurence Ferrari sur TF1, durant laquelle des gens exerçant des métiers divers et variés posent des questions aux candidats à l’élection présidentielle, avant que des journalistes ne prennent le relais. Des questions d’internautes sont également posées par la présentatrice à intervalles irréguliers, de préférence n’importe quand. Le résultat est une espèce d’interrogatoire en vrac, alternant entre les relations internationales et les problèmes hyperlocaux, les traités européens et la route toute cabossée qu’il faudrait refaire entre Castelmoron-d’Albret et Morillon parce que le tracteur, il passe p’us. Notons que la prestation de Nicolas Sarkozy fut émaillée d’une mauvaise foi assez incroyable lorsque Laurence Ferrari, oubliant deux minutes sa formation d’attachée de presse, lui a posé la question du financement de la campagne de 2007 par Kadhafi. « Je suis désolé pour vous que vous soyez la porte-parole du fils de Kadhafi », a dit le président, faisant fi des documents dévoilés par Mediapart. Mais la grande question demeurée sans réponse de ce programme télévisé reste encore et toujours celle du déodorant de Nicolas Sarkozy. Le candidat est en effet apparu littéralement trempé pendant les plus de deux heures qu’a duré son intervention, sa chemise virant du blanc au rose. On ne sait si c’était à cause des projecteurs ou des questions sur les affaires, mais le médecin anesthésiste passé en dernier lui a quand même fourbement proposé de se réhydrater, invoquant sa « responsabilité médicale ».

 

__ La campagne de la semaine, ce n’est ni celle de Marine Le Pen, qui a enfin eu ses 500 parrainages mon-dieu-mais-quelle-surprise, ni celle de François Hollande, qui a repris 5 kilos, ni celle d’Eva Joly, qui a disparu de la circulation, mais celle de sensibilisation contre l’abstention. Sous l’impulsion de l’association des Agences conseils en communication, huit agences de pub ont décidé d’encourager la population française à se rendre aux urnes. Entre les comiques et les institutionnelles, celles pour les jeunes et les classiques, petit florilège.

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__ Le meilleur de Twitter cette semaine, il nous est généreusement offert par Corinne Lepage. La candidate « seule perdue dans la nature » (© Jean-Michel Aphatie), en mal des 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle, a trouvé un moyen original de quémander les signatures qui lui manquent. Elle a tout simplement lâché son 06 sur Twitter.

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Une initiative dont l’efficacité est encore difficile à déterminer, mais qui a suscité de nombreuses réactions sur le réseau social.

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__ Le pire de Facebook cette semaine, je ne peux malheureusement vous le montrer par égard pour le peu de dignité restant de la demoiselle concernée (qui n’est pas dans mes contacts, donc ses photos sont publiques), mais sachez que l’une des amies de ma cousine de 14 ans se prend en photo plongée dans l’eau de sa baignoire tout habillée. En train de reboutonner son short pour être exacte. Concept.

Dans la série ado perturbé, notons aussi que pour le mec qui a fortement inspiré ma chronique sur l’amour 2.0, et qui s’est séparé une cent quarante-septième fois de sa meuf avant de se remettre avec six heures plus tard, « l’amour ça fait mal, mais je l’aime ». Perspicace.

 

__ La vidéo de la semaine, c’est celle du collectif Invisible Children intitulée Kony 2012.

Visionnée plus de 100 millions de fois en une semaine, ce film d’une petite trentaine de minutes a explosé le record établi par la prestation de Susan Boyle, succès cybernautique en 2009. Un engouement d’autant plus remarquable que cette vidéo poursuit un but humanitaire en militant pour l’arrestation d’un chef de la rébellion ougandaise, Joseph Kony. Accusé de crime de guerre et de crime contre l’humanité par la Cour Pénale Internationale, Kony cours toujours sur les terres africaines avec les enfants soldats qu’il enrôle de force, et Invisible Children réclame une intervention américaine. Et c’est la première fois que les humanitaires utilisent ainsi une vidéo dite « virale » au lieu de passer par les médias classiques. Un moyen de s’adresser directement au public, puisque le film a été relayé massivement sur les réseaux sociaux, mais qui n’est pas sans susciter la controverse. D’abord sur le fond, d’aucuns reprochant au collectif de simplifier des enjeux très complexes. Mais aussi sur la forme, cette vidéo étant une vaste opération de communication. Porte ouverte à la propagande et à la manipulation ? Racolage affectif ? Ju la Velue a son avis sur la question.

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Si toi aussi tu te demandes quel est donc cet avatar très what-the-fuck, sache que c’est Clint Eastwood avec un tatou dans les bras. Te voilà bien avancé.

 

__ L’article de la semaine, c’est celui du Wall Street Journal qui nous parle d’un candidat à l’élection présidentielle française un peu particulier… Nicolas Le Pen. Après les récentes déclarations du président sur le nombre trop élevé d’étrangers en France et sa volonté de sortir de l’espace Schengen si celui-ci n’était pas réformé, le quotidien américain a fustigé le lien établi par Nicolas Sarkozy entre l’absence de contrôle des frontières et l’impossibilité de financer l’Etat Providence. Pour le journaliste, c’est une « pensée laide », non seulement parce qu’elle joue sur la peur, mais aussi parce qu’elle dénote une ignorance grave en matière économique. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est le sous-titre de l’article. « Even by local standards, the French President’s recent burst of xenophobia is pretty cynical” [Même selon les standards locaux, l’élan de xénophobie du president français est assez cynique]. Ce qui sous-entend qu’en France, nous avons quand même l’habitude d’être particulièrement cynique. La vision américaine de la société française qui transparaît tout au long de l’article est sans appel : nous sommes des gens qui ne se soucient que de leur social-démocratie, dirigés par des incompétents en matière budgétaire. Ce qui, quel que soit le résultat de l’élection, ne risque pas de s’améliorer, François Hollande en prenant également pour son grade avec sa taxe à 75%.

Par Margaux
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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 10:43

❖ Je crois que sa phrase m’avait fait rire parce que c’était une coïncidence, et que j’ai décidé il y a longtemps de m’amuser du hasard plutôt que de m’en effrayer.

« Vous êtes déjà allée en Norvège ? »

J’ai pensé à l’Auvergnat, qui squatte ma timeline et mon mur Facebook à coup de statuts transis d’amour pour ce pays nouvellement découvert. Une coïncidence.

Non, je ne suis jamais allée en Norvège. Lui oui, cinq fois. Il connaît, il aime beaucoup, et adore le cinéma norvégien aussi. Ce qui explique sa présence à côté de moi, enfoncé entre les accoudoirs des fauteuils rouges de l’Utopia, cinéma d’art, d’essai et de bobos tendance gaucho à Toulouse. Moi je suis là parce qu’Oslo, 31 août promet d’être un film déprimant. C’est une tendance extrêmement répandue de s’enfoncer dans les tréfonds de la déprime avec un film ou une musique de circonstance lorsque la journée affiche déjà une forte teneur en merdicité. La logique voudrait pourtant qu’on aille voir une comédie et qu’on arrête d’écouter Benjamin Biolay quand on est triste (le potentiel suicidaire du chanteur aux cheveux graisseux étant super impressionnant). La logique a la même place dans les décisions humaines que le mérite dans les relations amoureuses.

Aucune.

Quand les lumières se rallument, je mets dix-huit milliards d’années à enrouler mon écharpe autour de mon cou, autant à sortir de la salle. Il est devant la porte, il me demande ce que j’ai pensé de l’heure et des trente-six minutes concoctées par Joachim Trier. En règle générale, je n’aime pas parler d’un film juste après le générique de fin. Un comble quand on connait ma faculté à déblatérer pendant des heures d’une scène de quelques secondes. Les choses sont bien plus simples avec les gens croisés au hasard, en fait. Surtout lorsque ce sont eux qui parlent. Cela me rappelle Austin, Texas.


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❖ Je pousse la porte d’un café de la place Wilson et il s’installe sur la banquette. Un café et un chocolat hors de prix plus tard, il est reparti sur la Norvège. Un pays découvert avec sa femme, enfin son ex, parce que cela fait trois ans qu’elle est partie, elle avait vécu cinq ans en Norvège et parlait parfaitement la langue vous comprenez. Il doit avoir la soixantaine à peine puisqu’il travaille encore au rectorat de l’académie de Toulouse. Calvitie et lunettes à fine monture, il paraît un peu plus. Parapente à Foix, périple jusqu’à Oslo en moto ne dépassant pas les 90 km/h, il paraît beaucoup moins.

Je me demande ce qui pousse quelqu’un comme ça à parler à sa voisine de cinéma. A l’écouter donner son interprétation du film avec un intérêt qui, s’il n’est pas réel, était du moins parfaitement feint, et ce mardi là cela suffisait. A lui conseiller des polars scandinaves, à lui parler de son frère, Bernard, photographe sportif pour Midi-Olympique. Coïncidence, encore.

 

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❖ Je me demande ce qui pousse quelqu’un comme moi à ne pas avoir sorti une excuse, prétexté un rendez-vous, tourné les talons. Je tourne ma petite cuillère dans mon chocolat minuscule en baissant les yeux tandis que lui cherche ses mots. Car parfois, il commence une phrase et s’arrête au milieu, moins parce qu’il ne trouve pas ce qu’il veut dire que parce qu’il choisit avec soin le verbe employé. Brefs silences qui ne mettent pas mal à l’aise avant de parfaire son interprétation d’Oslo, 31 août. Je suis un peu plus tranchée que lui, il doit me trouver aussi joyeuse que le film que nous venons de voir.

Toulouse devient un objet de désaccord, mais un désaccord tout en sourires. Finalement c’est moi qui le trouve grave, une petite tristesse transparaissant dans des amis trop loin, des regrets à peine perceptibles et une volonté de combler un peu le vide d’une fin d’après-midi venteuse. Michel fait partie de ces gens qui disent « vous devez peut-être y aller ? » d’une voix douce quand le ciel est devenu franchement gris.

Il m’a demandé de répéter mon prénom, quelque part entre Marion et Marine, mais le g, interrompant la course roulante du r, ne facilite jamais la tâche de personne. Il ne le retiendra probablement pas. 

 

 

Deux ou trois choses que je sais d'elle, Jean-Luc Godard

Par Margaux
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Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 13:52

C’est soudain, brutal, violent. Cela vient d’un coup, comme ça, on ouvre la bouche et rien ne vient. L’air ne passe plus. On étouffe, on suffoque. On rougit, on tente comme on peut de reprendre une autre respiration. En vain. Coupure. Tout se brouille. Qu’est-ce que ça fait mal. Se dire qu’on va mourir comme ça, le corps recroquevillé sur du vide. Alors on doit partir, vite. S’éloigner pour respirer de nouveau. En titubant dans l’herbe. S’effondrer dans les feuilles mortes. Et, lorsque l’oxygène revient enfin, lorsque la poitrine se desserre légèrement, laisser échapper un râle imperceptible qui se mue peu à peu en sanglot.


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Sam Levinson peut rater tout le reste de son film, l’image d’Ellen Barkin étranglée qui s’allonge en tremblant sous un arbre suffit à prouver que le fils de Barry Levinson (à qui on doit notamment Rain Man et Good Morning Vietnam) est un cinéaste à suivre. Parce qu’Another Happy Day, peinture d’une réunion de famille pour un mariage voué à la catastrophe tant les forces en présence cumulent les névroses, est un film très réussi lorsqu’il parvient à se taire. Lorsque sa galerie de personnages, de la mère Lynn (Ellen Barkin, donc), vilain petit canard abandonné par un mari converti aux vertus d’une bimbo insupportable, à la grand-mère lasse, en passant par les deux tantes persifleuses, la met un peu en veilleuse. Le problème étant qu’hélas, l’œuvre de Sam Levinson ne trouve que rarement cette quiétude et cette nuance, ses protagonistes braillant aussi sûrement qu’une Marine Le Pen lancée à pleine vitesse. A trop définir les personnages par leurs problèmes, le cinéaste tombe parfois dans la caricature et le simplisme.


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Les instants où tout ce petit monde cesse de piailler sont donc d’autant plus appréciables. Another Happy Day existe par des silences en suspend entre deux hurlements, et c’est probablement ce qui rend l’adolescent, Elliott, aussi intéressant. Il est le seul à ne jamais hausser le ton, balançant ses remarques acerbes dans un murmure qui ne fait qu’ajouter au sarcasme. Le calme du jeune homme, à mettre également sur le compte des divers substances toutes illicites qu’il consomme en permanence, tranche avec son environnement familial bruyant. Et finalement, alors même qu’Elliott pique en douce les médocs du grand-père mourant pour se shooter dans la salle de bain, il est peut-être le plus normal de la bande. Ezra Miller n’endosse pas le rôle d’adolescent perturbé (auquel il est abonné, cf. le puissant We need to talk about Kevin) mais celui d’adolescent tout court, aux prises avec une tribu de fous. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, on ne peut pas l’être quand l’intégralité de sa famille passe son temps à te regarder comme une bête de foire.


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Pas sérieux, mais extraordinairement lucide. Et la remarque que balance Elliott à sa grand-mère un peu psychorigide sur les bords par-dessus son bol de céréales au petit-déjeuner en est la preuve. Ce ne sont pas dans les moments heureux que les familles sont unies. Les gens s’aiment moins aux mariages qu’aux enterrements, parce que seul le malheur déclenche un réel élan vers les autres. La souffrance touche tout le monde pareil tandis que le bonheur a cette pernicieuse tendance à laisser certains au bord de la route. En témoigne le magnifique travelling de la scène du mariage qui, suivant d’abord la robe ridicule de la bimbo du mari de Lynn (Demi Moore, délicieusement détestable), s’élargit peu à peu montrer ceux qui s’éclatent sur la piste de danse tandis que d’autres tentent de faire bonne figure. La sono crachante devient sourde, et c’est la musique mélancolique de la bande-originale qui prend le relais. Les mariages sont ratés parce qu’ils sont destinés à être parfaits, et que rien n’est jamais parfaits. Alors qu’on gâche difficilement un enterrement.


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Ce qui apparaît évident dans Another Happy Day, c’est la tendance de l’être humain à s’accrocher à des valeurs ou des institutions parce qu’elles sont sacro-saintes pour la société. Et uniquement pour cette raison. Alors oui, quelque part, on choisit un peu sa famille, on accepte d’elle des couleuvres que l’on n’aurait jamais avalées avec qui que ce soit. Les liens du sang ont parfois les mêmes effets que le communisme, poussant à faire disparaître l’individu au nom du groupe. On pourrait certes reprocher à Sam Levinson une vision aussi caricaturale et pessimiste que la famille qu’il met en scène, oubliant que tout n’est pas qu’abnégation lorsqu’on se retrouve entre parents. Mais peut-être le réalisateur obtient-il l’effet inverse. Peut-être est-ce finalement rassurant de voir les déboires de ces névrosés, tous par ailleurs très bien interprétés, sur grand écran : on finit par se dire qu’on a de la chance et que notre tribu n’est pas si mal.

Par Margaux
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 23:24

Il en est parfois du journalisme comme d’un dressing : la mode y fait sa loi. Certains sujets sont tendances, jusqu’à ce que, vus et revus, ils passent dans la catégorie honnie des marronniers (ce qui n’empêche absolument pas certains médias de les traiter encore et encore)(et d’autres médias de se moquer des premiers, tel  Libération avec les hebdos). Mais plus que les thèmes abordés, la mode est surtout celle des genres journalistiques. A l’instar des imprimés Liberty ou des marinières, il n’y a pas forcément grand-chose de nouveau, mais de fulgurants retour de hype (sauf pour le legging, interdit je vous le rappelle par la Convention de Genève). Et en ce moment, la nouvelle collection qui fait fureur, le it-journalisme, les méthodes qui sont au journalisme ce que le sac en poil de poney est à la shopping-list de Grazia, c’est le journalisme en immersion.


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Claire Checcaglini, auteur de Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée


Les journalistes se mettent « dans la peau de » et, tels des James Bond en puissance, s’infiltrent dans un milieu de préférence hostile ou méconnu afin de vivre les choses « de l’intérieur ». Cela marche évidemment en presse écrite, où l’on pourrait citer, par exemple, les livres de Florence Aubenas ou Claire Checcaglini. La première publiait en 2010 Les Quais de Ouistreham, plongée au cœur de la France des précaires, ceux qui considèrent qu’un emploi chez MacDonald's est une promotion, qui prient pour travailler à temps plein et gagner un peu plus de 700 euros par mois. Le livre de la seconde, Bienvenue au Front - Journal d’une infiltrée, raconte la face cachée du Front National. Pendant huit mois, Claire Checcaglini s’est fait passer pour une militante du parti de Marine Le Pen et a pu constater que sa dédiabolisation obéissait au même principe que celui de la marine marchande : peinture sur merde = propreté. Le cas de Claire Checcaglini avait déjà posé des questions de déontologie, notamment celle de la limite entre espionnage et journalisme. Autre exemple de journalisme en immersion, passé plus inaperçu mais néanmoins édifiant, le reportage pour Sud-Ouest  du journaliste Pierre Penin, parti passer quatre jours et quatre nuits avec des sans-abris dans les rues de Bordeaux.


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Le faux CV de Florence Aubenas


Mais la presse écrite n’est pas la seule à pratiquer le journalisme en immersion. La télévision s’y est mise aussi avec l’émission Les Infiltrés en 2008. Le programme, alors diffusé sur France 2, avait fait scandale lorsqu’il s’était intéressé aux réseaux pédophiles, les journalistes étant accusés de protéger de dangereux criminels en refusant de dévoiler leurs sources. Et la semaine dernière, c’est M6 qui a lancé son émission Zita dans la peau de, dans laquelle l’illustre inconnue Zita Lotis-Faure endosse un costume différent chaque fois pour éprouver le quotidien de personnes jugées assez marginales et dignes d’intérêt pour que Madame Michu zappe la dix-huitième saison des Experts un mercredi soir. Le programme a beaucoup fait parler de lui lors de sa première diffusion. Il faut dire qu’en choisissant Zita dans la peau d’une femme obèse, M6 laissait présager le pire, et a livré une prestation conforme aux attentes.

 

Le journalisme en immersion part d’un principe louable : se mettre à hauteur d’hommes. Fini le journalisme d’élite où l’on se contente d’effleurer une situation qui ne nous concerne pas pour en livrer un récit déshumanisé. Pour ses Quais de Ouistreham, Florence Aubenas évoquait la difficulté de constater concrètement la crise depuis sa position de journaliste. Et se faire passer pour une travailleuse précaire était, selon elle, un bon moyen de l’expérimenter, puis d’en rendre compte. Zita dans la peau d’une femme obèse part aussi du même principe, mais pour finir loin, très loin du livre de la reporter.

Car « se mettre à hauteur d’homme », ou en l’occurrence de femme, pour Zita Lotis-Faure, cela signifie adopter le régime hypercalorique d’une femme de 140 kilos pendant 4 semaines. On voit donc la journaliste s’empiffrer pour absorber 5 000 calories par jour. Et la voix off d’appuyer le fait qu’il s’agit d’une « expérience inédite » et que sa journaliste donne vraiment de sa personne pour son « enquête sur le surpoids ». Zita Lotis-Faure enchaîne les remarques pertinentes (« je pense qu’elle met sa santé en danger en mangeant autant », note-t-elle après avoir du avaler une boîte de crevettes fraîches et une plaquette de Milka à 3h30 du matin)(what a révaylaytiieun !) et les preuves que le journalisme en immersion est un métier bien difficile quand elle se retrouve à demi décédée d’indigestion.


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Zita Lotis-Faure, dans la peau d'une femme qui n'a pas trouvé où poser sa caméra à sa hauteur


C’est en effet plus à hauteur de cuvette de chiottes que d’hommes que se retrouve la journaliste d’M6. Zita dans la peau d’une femme obèse est une excellente occasion de pointer les limites du journalisme en immersion. D’abord parce que le sujet, l’obésité donc, est traité par le bout voyeuriste de la lorgnette, celui qui vous conduit à observer les gens en surpoids avec un mélange de fascination et de dégoût, comme les bêtes de foire ou les combats de free-fight sur la TNT. Les angles et les problématiques choisis sont racoleurs et affligeants (« comment les gens obèses font-ils l’amour ? »)(comme tout le monde, debout sur une armoire) et les risques de l’immersion constamment mis en avant : on voudrait faire de Zita Lotis-Faure une professionnelle engagée et prête à sacrifier sa santé sur l’autel de l’information. A l’heure où certains journalistes sont blessés ou tués en Syrie, le danger représenté par 12 paquets de Pringles paraît au mieux dérisoire, au pire franchement déplacé.

D’aucuns argueront alors qu’il était difficile de faire quelque chose qui tienne la route avec un sujet comme celui de l’obésité. Admettons, même si l’argument est difficilement recevable. Mais la deuxième enquête, Zita dans la peau d’une femme de ménage, plus aisément comparable au travail de Florence Aubenas ou de Pierre Penin, est à peine mieux que la première. Car avant de se fondre dans le quotidien d’une femme de ménage, la journaliste semble surtout débarquer d’une planète merveilleuse où la galère n’existe pas. Zita Lotis-Faure découvre soudain que certaines personnes vivent avec peu d’argent et sont obligées, à Paris, de loger dans des chambres de bonne minables avec des toilettes sur le palier, sans la possibilité d’aller boire un café de temps en temps. Cela m’a fait penser au « stage de terrain » obligatoire en première année à Sciences Po. Sous ce nom très pipolien (comprendre : empli d’une langue de bois de compétition) se cache l’obligation de travailler dans une entreprise en se situant au bas de l’échelle hiérarchique, pauvre (et vaine) tentative de faire découvrir à ceux qui ont été biberonnés au macaron Ladurée ce que cela peut faire de ne pas être maître du monde, avant qu’ils ne le deviennent par la force du système universitaire français. Zita Lotis-Faure n’est pas plus dans la peau d’une femme de ménage qu’un étudiant de Sciences Po dans celle d’une caissière pendant son « stage de terrain ». Les cris d’orfraie qu’elle pousse en découvrant que, oh-mon-Dieu-rendez-vous-compte, il s’agit d’un vrai métier, ainsi que le commentaire qui fait remarquer que oh-mon-Dieu-rendez-vous-compte les femmes de ménage aussi ont de l’ambition, sont une véritable insulte aux femmes de ménage et au journalisme.


Zita dans la peau d'une femme toute fière de son nouvel aspirateur (et qui assortit ses gants avec sa pelle)

 

Car lorsque se mettre à hauteur d’hommes rime avec autant de pathétisme et de condescendance, alors il vaut peut-être mieux assumer le fait de n’avoir jamais eu affaire à une telle réalité. Au-delà même de cet objectif manqué, le journalisme en immersion se heurte à la difficulté de la proximité avec son sujet. A moult occasions, Zita Lotis-Faure fait des câlins aux personnes qu’elle interviewe, généralement avec une petite musique bien déprimante dans le fond (toutes les bandes-originales de films à fort potentiel larmoyant ainsi que Christina Aguilera ont été réquisitionnées) pour signaler aux téléspectateurs que, ATTENTION, c’est la séquence émotion qui démarre. Prôner un journalisme dénué de toute empathie me semble non seulement illusoire, mais également dangereux. L’absence d’élan vers les gens qui sont au cœur d’un reportage journalistique ne peut que déboucher sur une pratique froide et distante du métier, ce qui serait éprouvant pour tout le monde, le public comme les professionnels. Mais de là à prendre des obèses et des femmes de ménage dans ses bras en manquant de pleurer, il y a un gouffre que l’on ne franchit qu’en abandonnant tout sens critique, et donc tout professionnalisme. Lorsque vous êtes journaliste, les interviewés ne sont pas vos amis. Sauf si vous êtes présentateur du Journal Télévisé de la première chaîne française.

Enfin, la dernière limite du journalisme en immersion mise en lumière par les émissions d’M6, c’est celle de la forme précédant, donc primant sur le fond. Par définition, tous les sujets ne peuvent être traités avec de telles méthodes, et c’est d’autant plus vrai à la télévision, média qui, de par sa dépendance à l’image, ne peut déjà pas tout aborder. Le risque du journalisme en immersion, c’est de penser d’abord à l’immersion, puis à des thèmes qui s’adaptent à cette pratique, au lieu de privilégier un sujet, puis de choisir le genre journalistique le plus approprié. Le but de l’immersion est de faire du journalisme vivant, empreint de réalité, sans se contenter d’interviewer ou de décrire de loin. A trop pousser le concept, on arrive à l’effet inverse, où tout est construit pour pouvoir coller avec une méthode. De reportages poignants sans misérabilisme sur la précarité et la vie sans abris, on arrive à un paternalisme irritant sur les femmes de ménage. Pour sa prochaine immersion, le vaste internet a donc suggéré un sujet peut-être moins télégénique mais beaucoup plus instructif à Zita Lotis-Faure : se couler, enfin, dans la peau d’une journaliste.  

Par Margaux
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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 20:46

HS48---Najat-Vallaud-Belkacem-Sarkozy-polemique.jpg __ La polémique de la semaine, c’est celle provoquée par un communiqué de presse de Najat Vallaud-Belkacem. La porte-parole de François Hollande a en effet déclaré que « le vrai modèle de Nicolas Sarkozy n’est pas Angela Merkel mais un mélange de Silvio Berlusconi et de Vladimir Poutine, avec le vide idéologique de l’un et la brutalité de l’autre ». Des mots « durs » selon Jérôme Cahuzac, aussi membre de l’équipe du candidat socialiste, face auxquels les réactions de l’UMP ne se sont pas fait attendre. Indigné fut le député Franck Riester, indigné fut également le secrétaire national du parti majoritaire Guillaume Peltier, qui a regretté un « anti-sarkozysme primaire ». Et sur Twitter, une autre élue UMP, Laure de la Raudière, a dénoncé une « pratique que le NKVD n’aurait pas renié ». Avant d’effacer son tweet, peut-être consciente qu’atteindre aussi rapidement des comparaisons intenables n’était pas digne d’une campagne présidentielle. Car décidément, entre les points Godwin, les points Poutine et les points URSS, les semaines qui nous séparent de l’élection s’annoncent très longues.

 

__ L’anniversaire de la semaine, c’est celui des 50 ans de la mort de Marilyn Monroe. Et pour l’occasion, le festival de Cannes lui rend un hommage réussi en la consacrant au haut de l’affiche de sa 65e édition.

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__ La jambe de la semaine, c’est celle qui a subitement jaillit d’une robe de velours noir atelier Versace. C’était dimanche soir à Los Angeles sur le red carpet des Oscars. Pendant que Bérénice Béjo portait une robe qui ne lui allait absolument pas, que Sacha Baron Cohen se déguisait en Khadafi et que Gwyneth Paltrow prouvait qu’à défaut d’être charismatique elle savait s’habiller, Angelina Jolie, elle, dévoilait donc sa gambette droite en adoptant des pauses aussi naturelles que les seins de Pamela Anderson. Une bien curieuse attitude qui a charmé certains et m’a surtout donné envie de lui payer un Big Mac parce qu’Angelina va finir aussi carencée que les Africains auprès desquels elle s’engage. Sachez que la jambe a d’ores et déjà un compte Twitter sur lequel elle a promis que, la prochaine fois, ce serait à sa consoeur de gauche d’avoir son heure de gloire. On a hâte.

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__ La victoire de la semaine, pour continuer dans le thème statuette & red carpet, c’était bien évidemment le triomphe de The Artist. D’après les médias français, la consécration du film de Michel Hazanavicius est le signe de la bonne forme du cinéma hexagonal, ce à quoi on ne pourra s’empêcher de faire remarquer que si le film existe, c’est bien grâce aux Yankees que nous sommes si prompts à critiquer. Parce que s’il avait fallu attendre un financement national, on aurait probablement attendu encore longtemps. Mais oubliant ces petits détails, les français se réjouissent que les américains les adorent, eux et leur film muet. Une adoration qui ne touche pourtant pas tout le monde, puisque certains médias outre-Atlantique n’ont pas manqué de se livrer à un french bashing d’un goût douteux pendant que le film muet coiffait tous ses adversaires au poteau. Une journaliste du Deadline a ainsi râlé contre l’odeur de cigarette et l’arrogance qui se dégageaient de l’équipe du film. Avant de dire qu’elle en avait « marre des grenouilles et de l’accent français ». Une petite déclaration digne des habitants de l'Hexagone.

 

__ L’édito de la semaine, c’est celui que nous livre gentiment l’éditorialiste le plus agaçant de l’histoire de l’éditorial, j’ai nommé Christophe « étouffe-toi avec ton écharpe » Barbier. Le directeur de la rédaction du magazine L’Express, quand il n’écume pas les plateaux de télévision, poste des vidéos qui vont nous apprendre la vie. Et après celle réalisée devant une gondole pendant ses vacances à Venise, Christophe Barbier a décidé de surfer sur la vague The Artist, nous gratifiant d’une réalisation muette en noir et blanc. On pourrait sauter de joie à l’idée que, pour une fois, l’éditorialiste ne puisse ouvrir la bouche. Malheureusement, même réduit au silence, même avec une écharpe devenue grise, il est affreusement irritant. Parce que si la forme pourrait être drôle, elle sert quand même un fond assez contestable. D’abord parce que Christophe Barbier conseille de choisir son bulletin de vote au hasard, meilleur moyen de s’exprimer par les urnes comme chacun sait. Mais aussi et surtout, parce que jamais l’édito politique n’a eu pour rôle de répondre à la question « comment voter ? ».

 

 

 

__ La phrase de la semaine, c’est celle du Saint Père. Pour reposer un peu le contexte, imaginez la B. Family au presque complet (Ju la Velue est toujours en exil à Paris, en train de manger des champignons en boîte et des Smacks)(oui, les études parisiennes c’est un peu Koh-Lanta) lors du dîner dominical. Capucine est en short, comme 358 jours de l’année (les 7 autres correspondant à la semaine au ski). La Reine Mère finalise son dîner simple et rapide composé d’une douzaine de plats et deux desserts « et il me reste aussi des éclairs à la chantilly praliné de la dernière fois ». Et Chemo le moche parle de vomi/chiasse en rigolant comme un demeuré. Parce que Chemo est un ado, un vrai, qui porte ses pantalons à mi-fesse, trimballe son corps et ses bras trop longs dans toute la maison en grognant, a de graves problèmes psychomoteurs (le gus inonde la table chaque fois qu’il veut se servir un verre d’eau), se lave une fois par mois et agite sans cesse sa petite tête pour chasser sa mèche JustinBieberienne. Or, dimanche, c’est précisément cette mèche et son lavage peu fréquent qui ont attiré l’attention du Saint Père. Et c’est plein de perplexitude que le géniteur a interrogé son fiston : « mais tu comptes vraiment aller au collège avec ta tête de brosse à chiotte usagée ? »

Par Margaux
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