Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 11:37

Il faut que je vous le dise. J’ai été infidèle. J’ai abandonné mon trajet Tours-Toulouse-en-passant-par-Saint-Pierre-Des-Corps-avec-dix-minutes-de-changement-à-Bordeaux pour lui préférer la voiture de l’Auvergnat. Car afin de rentrer en mon païs, ô Toulouse, pour les vacances de février, l’Auvergnat a proposé de me prêter sa C2. Oui, l’Auvergnat est un être totalement inconscient (la perspective de passer ses propres vacances à gambader parmi les rennes norvégiens en mangeant du saumon a sérieusement entamé ses capacités de jugement) qui n’hésite pas à me filer les clefs de son bolide pour deux semaines et plus de mille kilomètres.

 

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Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris


Ce samedi 25 février, point de course jusqu’à la gare chargée comme un mulet, point de compostage, point de monstre pour m’empêcher de dormir, de voisins insupportables, de retards accumulés avec des remerciements pour notre compréhension ou de sandwichs dégueux et hors de prix. Ce samedi, armée de quatre sacs différents (quitte à avoir une voiture, autant en profiter et en mettre partout) et d’une clef rétractable, je me sentais PUISSANTE.

 

Sentiment qui a duré environ vingt secondes, jusqu’à ce que j’insulte une vieille qui m’empêchait de sortir de ma place de parking, que je pile pour laisser passer une poussette et que je me retrouve qué-blo au milieu des travaux du tram tourangeau.

 

Je suis passée par la charmante départementale 943, plongée dans un brouillard du meilleur effet (et j’ai même réussi à trouver la commande des feux anti-brouillards en moins de trois minutes)(trois minutes pendant lesquels j’ai fait des appels de phare, nettoyé le pare-brise, mis mon clignotant quinze fois et re-nettoyé le pare-brise, certes). La D943 est une route assez merveilleuse, sur laquelle radio Nova déclare forfait, Virgin radio crachote, France Inter est introuvable, France Info ne fait pas mieux et RTL2 marche à peine. En revanche, j’ai régulièrement croisé des panneaux indiquant des chèvres en promotion. Malheureusement je n’avais plus de place (rapport aux quatre sacs sus-mentionnés), et la chèvre fait parti de ces animaux qui ont l'air mignon en photo mais dont l'odeur efface subitement toute mignonnitude. 

 

Le trajet Tours-Toulouse en voiture, effectué notamment au volant d’une camionnette de déménagement mit le Saint Père, s’accompagne obligatoirement d’un arrêt au MacDo de Limoges, histoire d’aller s’engraisser au Big Mac en raillant la cité de la porcelaine. Cette fois, seule et trop occupée à m'attarder sur des questions existentielles (le Big Mac ou le CBO ? Non mais y’a aussi les Wraps sinon. Et en hommage à l’Auvergnat, j’aurais aussi pu goûter les séries limitées au fromage d’Auvergne. C’est quoi le moins cher ? Non parce que si je choisis en fonction du moins gras je ne vais pas m’en sortir. Et je prends un dessert ? Non, c’est pas raisonnable. En même temps si tu veux être raisonnable, tu ne vas pas au MacDo. D’ailleurs, il est où ce p*tain de MacDo ?), j’ai lamentablement raté la sortie.

Les yeux brouillés par des larmes amères, j’ai vu s’éloigner un grand M jaune et un repas à 2 000 calories dans mon rétroviseur.

 

J’ai donc attendu une aire d’autoroute pour faire taire les cris de protestation de mon estomac. L’aire de la Porte de Corrèze fleurait bon la tête de veau et la campagne présidentielle, j’ai garé ma Ferrari, non sans avoir habilement évité un troupeau d’enfants beuglant à la sortie d’un Kangoo et le regard appuyé d’un mec en salopette. Car oui, les aires d’autoroute sont des endroits étranges où errent des types dégueux en salopette, généralement installés derrière le volant d’une camionnette non moins dégueu qui contient probablement des restes humains. C’est aussi un endroit où l’on retrouve, dans les toilettes, l’homme (ou plutôt la femme) à l’état de nature, jouant des coudes et ne pensant qu’à soi pour s’engouffrer la première dans une cabine puante.

Jean-Jacques Rousseau a probablement élaboré sa théorie du contrat social après avoir fait un tour sur une station de l’A9 à 13 heures pendant un chassé-croisé classé noir.

 

L’aire d’autoroute est enfin un endroit où, à l’instar des restaurants d’altitude, des brasseries parisiennes et des distributeurs de l’IUT de Tours, l’inflation rappelle les heures les plus allemandes des années 30. Une étude comparative des prix de la supérette et de la cafétéria m’ont vite appris que, quelle que soit l’option choisie, j’allais cracher ma thune. J’ai donc préféré la cracher dans des crudités que dans un trio de sandwichs qui collent au palais, bien trop semblables à ceux proposés par la SNCF. Revers de la médaille, il m’a fallu manger au milieu d’enfants gigotant devant des salades niçoises, courant entre les côtelettes de porc à 10 euros, balançant des bouts de lasagne, au milieu des couples s’engueulant par-dessus des mousses au chocolat industrielle (« on ne pourrait pas aller les voir moins souvent, tes parents ? »), pas si loin de mecs dégueux en salopette dégueu mangeant de la pizza probablement dégueu.

 

La suite de mes pérégrinations sur l’A20 ressemble à n’importe quel trajet en voiture. On insulte les autres, qui ont tous eu leur permis dans une pochette surprise, en s’appuyant sur les plaques d’immatriculation pour développer un régionalisme de mauvais goût (mais est-ce de ma faute si dans le 82 on n’est pas fait pour tenir un volant ?). On ronge son frein derrière deux camions qui se doublent parce que l’un roule à 90 et l’autre à 92. On se fait doubler par un mec qui ralentit après son dépassement. Quand on est atteint de nanisme comme moi, on se démet une épaule à chaque péage. Et la radio ne passe pas mieux dans le Lot que sur la D943.

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Death Proof, de Quentin Tarantino


Je tiens tout de même à souligner que j’ai passé plus de cinq heures dans un habitacle en respectant les limitations de vitesse (rien à voir avec le prix du carburant, nononon) et sans manger les financiers au citron cuisinés avec amour et rapportés avec non moins d’amour à la B. Family (le fait de les avoir mis dans le coffre y était peut-être pour quelque chose).

 

Enfin, j’ai retrouvé mon périphérique, ma sortie Purpan, mon portail vert et mon frère, aussi blond mais plus grand que la dernière fois, qui s'est jeté sur moi avec toute la fougue et l'élan d'un jeune frère vénérant sa vieille soeur (revoir Chemo est toujours l'occasion de rebooster ma self esteem)(cela fait une moyenne avec ma soeur, qui n'en a strictement rien à foutre)


Et c’est là, soudain, que je l’ai vu. Il est d’ailleurs incroyable que je ne l’ai pas vu plus tôt, apposé sur le pare-brise de la vaillante C2.

Je suis chez moi, à Toulouse, dans la ville de la meilleure équipe de rugby française. Et je roule dans une voiture avec un autocollant de l’ASM Clermont-Auvergne


EDIT : dimanche matin (enfin... dimanche à 13h)(j'ai tendance à adopter des horaires à la Ju la Velue, faut que je me reprenne), le Saint Père a débarqué dans ma chambre aussi paniqué que Nadine Morano devant une émission culturelle. Il n'y a pas un autocollant ASM Clermont-Auvergne sur la C2, mais deux.

 

"Tu vas vite fait me rentrer cette voiture dans le jardin avant qu'on m'incendie la maison"

Par Margaux
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 17:08

Avant de regarder un film, le Saint Père a coutume de sortir toujours la même phrase. Les deux mêmes phrases en fait. D’abord, il hurle « JE PRENDS LE COIN », aka. la meilleure place sur le canapé. Ensuite, il se tourne vers moi avec un sourire goguenard pour me demander : « T’as pris ton bloc-notes ? » Car selon le Saint Père, il existe des films qui nécessitent que je prenne des notes pour comprendre ce qui s’y passe, notamment les films d’espionnage plongeant dans les méandres mafieuses d’organisations tentaculaires, dans lesquels les personnages changent dix fois de camp, meurent et ressuscitent, sont coupables puis victimes d’une machination puis de nouveau coupable. Et bien sachez avant toute chose que La Taupe est indéniablement un film à bloc-notes. La simple lecture du synopsis Allociné m’ayant laissée dans le même état qu’une équation du troisième degré (avec un affreux mal de crâne), je m’y attendais un peu. Et j’ai donc constaté que les histoires de trahison au sein des services secrets britanniques ont leurs raisons que la logique ne suit pas toujours.


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Le MI6 en pleine Guerre Froide a en effet fort à faire. Suite à l’échec d’une mission en Hongrie, le responsable de l’opération est licencié et son fidèle adjoint, George Smiley, prend la porte avec lui. Mais un an plus tard, Smiley se voit rappelé par le gouvernement britannique, qui lui demande d’enquêter sur ses anciens collaborateurs. Une taupe soviétique se serait infiltrée dans les plus hautes sphères des services secrets de Sa Majesté, et Smiley se charge, dans une atmosphère lourde et tendue, de faire tomber les masques.


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L’atmosphère, c’est peut-être justement ce qui rend le film de Thomas Alfredson si puissant. Une ambiance étouffée par les soupçons, les non-dits, les sous-entendus. Des regards furtifs ou appuyés, sans mots, sans suite, des gestes que l’on veut discrets mais qui se voient toujours. Même lorsqu’il s’agit de remettre discrètement ses chaussures sous une table. Parce qu’après tout il n’y a là, sous les costumes aussi impeccables que tristes des fonctionnaires du MI6, que des agents formés à tout voir et tout comprendre. Le climat de La Taupe est asphyxiant parce que ces hommes n’en sont plus vraiment, trop occupés à ficher, enquêter et écouter. Dans un environnement où personne ne se fait confiance, il n’y a plus de place pour les choses trop vraies. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le mariage de Smiley est un pitoyable échec et si la seule relation sentimentale du film, bouffée de sentiments authentiques dans un océan de faux-semblants, est condamnée d’avance.


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Thomas Alfredson réussit l’audacieux pari de faire un film magnifique avec une succession de plans bien moches. Les années 1970 ne sont pas vraiment celles que l’on retiendra dans l’univers de la mode et de la décoration. Mobilier défraîchi, pantalons côtelés, ignobles baskets blanches, tapisseries sales et intérieurs d’une tristesse à pleurer, La Taupe rappelle les heures les plus sombres des épisodes d’Inspecteur Derrick. Mais ce parti-pris est une reconstitution fidèle de la bureaucratie britannique de l’époque, et c’est précisément de cette laideur que naît l’ambiance du film. La mise en scène, fine et intelligente, joue constamment sur le hors-champ, isolant les personnages dans une pièce pour mieux souligner leur solitude dans la vie. Thomas Alfredson insuffle un rythme très particulier à un film somme toute très lent, promenant sa caméra sur des détails lourds de sens, alternant violence bruyante et silences suspendus.


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La construction même de La Taupe est intéressante : tout le film s’articule autour de la fête de Noël du MI6, dont des bribes reviennent au fur et à mesure à la mémoire de Smiley. Alors que l’agent avance dans son enquête, que ses soupçons se confirment, il s’aperçoit que tout était déjà joué lors de cette soirée un peu surréaliste. Que sous l’effet de quelques verres et beaucoup d’inattention, les masques tombent brièvement, on se met à chanter l’hymne soviétique, à se regarder plus intensément, à déceler chez des menteurs professionnels la faille qui les perdra.


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Si La Taupe fonctionne aussi bien, c’est également parce que derrière un système et une époque, il y a des personnages. Et comme chacun sait, les hommes ne sont pas faits pour appartenir à un système de rouages trop bien huilé. Un jour où l’autre, l’organisme vivant et ses pulsions reprennent le dessus, les âmes grises et blasées se souviennent qu’elles contiennent des hommes. Et tout part en vrille. Ces personnages sont ici remarquablement bien interprétés par un casting impressionnant. Colin Firth, Tom Hardy et Mark Strong prêtent leur charisme incroyable à des seconds rôles qui deviennent incontournables. Surtout, il est peu d’acteurs qui puissent se permettre de partir dans un monologue à tendance philosophique tout en étant filmés en très gros plan. Gary Oldman, méconnaissable avec sa nouvelle coupe de cheveux 70s (ce qui, vous l’aurez deviné, n’est pas un compliment) et ses lunettes assorties, est de ceux là. A l’instar de son personnage, qui passe du statut d’adjoint à celui d’enquêteur hors paire en deux heures, l'acteur est d’abord presque invisible et complètement muet, marchant vouté dans les rues londoniennes. Avant de passer lentement mais sûrement sur le devant de la scène, avec un talent aussi sobre qu’éclatant. 

Par Margaux
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 07:00

Nous sommes le 14 février 2012, et comme tous les ans à la même date, vous allez manger de la peluche rouge, du cœur rose, du kitsch et des petits cupidons dorés. Sachez que ma meilleure Saint Valentin fut celle de l’an de grâce deux-mil neuf, lorsque Cousine Brunette, alors âgée d’environ 9 ans, me rapporta de Venise un paquet de pâtes en forme de cœur et me le tendit en faisant la moue : « C’est maman qui veut t’offrir ça pour la Saint Valentin, mais j’vois pas pourquoi parce que ça va jamais te servir ».

Les enfants sont de bien cruelles créatures.

 

14 février 2012 donc, et je ne peux m’empêcher de penser que l’amour tel qu’il est pratiqué aujourd’hui est bien différent de celui qui agitait nos petits cœurs d’enfants, nous, la génération qui a vécu une enfance paisible sans internet. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence, après le tirage de cheveux de la préhistoire, les joyeuses orgies de l’Antiquité, la possessivité moyenâgeuse et le romantisme du XIXe, nous sommes passés au stade suivant dans l’évolution de la relation amoureuse.

❤ Le stade 2.0 

Ce qui, soyons clairs, ne veut pas dire qu’on ne se tire plus les cheveux pour autant.

 

Aujourd’hui la relation amoureuse commence sur Facebook et se meurt au même endroit. Elle est difficile à distinguer de toutes les autres relations, puisqu’il est de bon ton de se mettre en couple avec sa meilleure amie, qui passe alors au statut suprême de Bestàah et a droit à une avalanche de petits cœurs sur son mur. Tout est prétexte à se faire des compliments, toutes les filles sont trop magnifiques, trop gentilles, trop belles, trop I -cœur- You et mee toòŏ (oui, j’ai bien fait marcher les caractères spéciaux sous Word).

Difficile à distinguer donc, mais elle existe. Elle commence par un nombre de « like » et de commentaires supérieurs à la moyenne, qui éveillent le doute. Quand Alfred like tout du profil de Sabine, il y a cachalot sous gravillon. Ensuite, la chose devient facebookement officielle. On peut partir du principe qu’entre les deux, les protagonistes de la relation amoureuse ont fait autre chose que se liker mutuellement les profils et commenter leurs photos de vacances au camping d’Hossegor. Mais rien n’est moins sûr avec les plus jeunes, qui ont l’art et la manière d’échapper à toute logique.

L’officialisation sur Facebook est souvent un grand moment, qui suscite nombre de réactions. Il est impressionnant de constater ce qu’un pauvre Sabine went from being « single » to « in a relationship » peut susciter. Les Bestáåãh aiment ça, le disent, commentent. Elles sont « tro contente pr toi », « tro happy 4 vous ». Cela permet à la fois de soutenir la copine nouvellement casée, mais aussi de montrer qu’elles méritent leur statut de Beståαah puisqu’elles savent. Car après il y a les autres, ceux qui n’ont pas l’honneur d’avoir été mis au courant, et dont les moult points d’interrogation confortent le statut exceptionnel de la Bestaáàh. Ils demandent qui c’est, depuis quand, et si Sabine est vraiment fourbe, elle leur répondra un laconique « j’texplikerai demain » qui n’aura pour seul effet que d’attiser cette soif de potins.


Suite à l’officialisation, il faut bien passer par la case photos. Car, rappelez-vous, Facebook n’a que deux fonctions :

      prouver à ses contacts qu’on est beaucoup plus heureux qu’eux

      prouver à ses contacts qu’on est beaucoup plus malheureux qu’eux

La publication de photographies du couple appartient évidemment à la première catégorie. Non contente d’impliquer des petits messages d’amour plein de cœurs et de points d’exclamation, la relation amoureuse 2.0 se compose d’albums originalement intitulés Mon Cœur ou Nous 2, vaste mise en scène d’une passion dévorante qui se traduit par des pelles roulées devant un smartphone. Les 162 clichés le sont à double titre, tous identiques, Alfred passant toujours son bras autour des épaules de Sabine lorsque c’est une photo de groupe. C’est à cela que l’on reconnaît les relations amoureuses récentes sur Facebook : les photos de groupe sur lesquelles, attention, ils n’ont d’yeux que pour eux. Les Bestáåah commentent et likent à qui mieux mieux, assénant les « vous êtes tro bo » et les « jvou souhaite d’être happy ». Et puis parfois, on accompagne les albums de citations profondes sur la vie et l’amour, des histoires de distance, d’espoirs et de feux. Victor Hugo prête ses mots à deux adolescents qui se tripotent dans un métro parisien bondé, on a un peu pitié des autres passagers de la rame, et on est un peu triste pour ce pauvre Victor.

 

Vient le temps des statuts. Ceux qui comptent les jours depuis le premier, les heures depuis la dernière passée ensemble. Ceux d’Alfred qui manque à Sabine et de Sabine qui donne tant de bonheur à Alfred. Et statut à statut, les choses se gâtent. Les Bestãaàh, sentant que le vent tourne, postent des encouragements ayant moins pour but d’encourager que de montrer au reste des contacts qu’elles, elles savent. Les autres en sont réduits, comme d’habitude, à aligner les points d’interrogation. Et se voient répondre l’inénarrable, l’incroyable, l’inimitable « j’te dis en message privé ». Entre étalage public et revendication du droit à la discrétion, voilà le paroxysme du paradoxe des réseaux sociaux atteint. La relation amoureuse 2.0 vit ses derniers sursauts, sous les yeux de 236 personnes qui se demandent à quoi peut bien correspondre le fait qu’Albert went from being « in a relationship » to « in a domestic partnership ».

 « Domestic parternship », c’est pas une relation qu’on entretient avec son chat ?

 

La naissance de la relation amoureuse avait suscité de la curiosité, sa mort engendrera la haine. Lorsque tout est enterré, que même le domestic partnership ne peut plus rien pour nos deux protagonistes, alors la petite galaxie facebookienne qui est la leur se scinde en deux camps distincts que rien ne pourra jamais réconcilier. Les pro-Sabine commentent ses statuts dépressifs et like ses statuts haineux. Les pro-Alfred engagent une cyber-riposte immédiate. Les photos disparaissent et Victor Hugo abandonne son romantisme pour un désespoir calculé, ou bien est remplacé par quelque Guy Carlier, tellement plus cynique.

Et après le broyage de cou à la préhistoire, les empoisonnements de l’Antiquité, le duel moyenâgeux et le crime passionnel du XIXe, nous sommes passés au stade suivant dans l’évolution de la rupture amoureuse.

❤ Le stade 2.0 

 

Ce qui, soyons clairs, ne veut pas dire qu’on ne se bat plus en duel pour autant.

 

Le problème de la rupture des temps cybernautiques, c’est qu’elle dure indéfiniment. Sabine voit toujours les statuts d’Alfred mais ne les commente plus. Alfred regarde les photos de Sabine et se demande qui est le mec là, à droite, celui qui est trop mal habillé et qui a tellement une tête de con en plus. On voit tout, on devrait s’empêcher de regarder les photos, mais c’est plus fort que soi, il faut regarder, savoir, comprendre, deviner. S’apercevoir au nombre de like et de commentaires qu’une autre relation amoureuse 2.0 est en train de naître. Traquer les photos révélatrices. Sombrer dans la désespérance et abreuver tous ses contacts de statuts dépressifs qui attireront plus de curiosité que de compassion car oui, la vie est cruelle même sur Facebook.

Et puis, tiens, un jour, une nouvelle demande d’ajout.

Et ses photos en maillot de bain sont carrément canons.


Par Margaux
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 09:31

__ La bonne idée de la semaine, c’est celle de Nicolas Sarkozy. Car le président de la République est un être multitâche qui parvient à la fois à entretenir un pseudo mystère sur sa candidature à l’élection présidentielle et sortir des propositions géniales pour servir notre grande civilisation. Nicolas Sarkozy donc, dans une interview au Figaro Magazine, a envisagé de réformer le système d’indemnisation du chômage. "passé un délai de quelques mois", les chômeurs "sans perspective sérieuse d’emploi" seront ainsi obligés de suivre une formation qualifiante. Cette formation qualifiante sera choisie par un "comité national qui identifiera, avec des chefs d'entreprise et des syndicalistes, les secteurs d'avenir créateurs d'emplois" (les conseillers d'orientation qui répètent à longueur de journée aux collégiens que leurs études doivent être "choisies plutôt que subies" peuvent donc retourner apprendre un autre texte). Puis, le chômeur nouvellement formé sera "tenu d'accepter la première offre d'emploi" correspondant à ses qualifications. Cette solution magique pour remettre une bande de feignasses au boulot n’est pas la seule bonne idée de Nicolas Sarkozy, qui a tenu à bien emballer son cadeau : la réforme pourrait être adoptée par référendum. Quoi de mieux que redonner le pouvoir décisionnaire au peuple ? Quelle meilleure expression de la volonté générale ? C’est donc le moment d’invoquer mon grand ami Jean-Jacques (pas Goldman, l’autre) et de rappeler que la volonté générale, c’est l’avis d’un groupe sur une mesure qui touchera tout le groupe. On ne fait pas décider à toute une population quoi que ce soit qui ne concernerait que certains : ni la marque d’anticernes que François Fillon devrait acheter ni l’endroit où devrait s’exiler Nadine Morano ni la façon dont les chômeurs seront indemnisés.

 

__ Les photos de la semaine, ce sont celles des lauréats du World Press Photo 2012. Clichés marquants, poignants d’une actualité souvent violente, parfois même monstrueuse. Non content de foutre une raclée à tout le monde dans les compétitions sportives, l’Espagne remporte aussi le premier prix avec une photographie de Samuel Aranda, prise dans une mosquée de la capitale yéménite Sanaa.

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Les clichés de l’actualité sportive sont également magnifiques, mais ma préférence toutes catégories confondues va au reportage de l’argentin Alejandro Kirchuk. Never let you go, ou l’histoire d’un couple frappé par la maladie d’Alzheimer. Parce que photographier l’invisible avec autant de force, mettre tant de sous-entendus dans si peu de choses, c’est sublime.

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__ L’évènement de la semaine, c’est celui qui a eu lieu samedi soir au Vasco de Gama, un café toulousain. Pour préparer le jour le plus inutile de l’année, celui dont tout le monde a beau jeu de se foutre comme d’une guigne mais de ne parler que de lui pendant les vingt-quatre longues heures qui sont les siennes, j’ai nommé la Saint Valentin, une vente aux enchères est organisée. Jusque là tout va bien, mais les lots cédés aux plus offrants sont en fait... des célibataires. Cinq filles et autant de garçons pour lesquels les participants pourront enchérir toute la soirée. Depuis la naissance de cette tradition, il y a trois ans, le concept remporte un franc succès et les mises grimpent parfois jusqu’à 90 euros. L’intégralité des sommes récoltées est reversée aux Restos du Coeur, et le célibataire le plus cher a droit à un verre d’alcool, à partager avec son acquéreur.

 

__ Le ressuscité de la semaine, c’est notre autobronzé transalpin préféré, aka. Silvio Berlusconi. L’ancien président du Conseil italien, dont on n’avait plus de nouvelles depuis sa démission en novembre dernier, n’est ni mort ni exilé sur une île déserte avec des gogo danseuses. Toujours à Rome, où il se murmure que la dépression le guette, il accorde sa première longue interview au mensuel The Atlantic, revenant sur son parcours. Et autant vous dire que l’amateur de fake-tan et de teinture capillaire n’a pas beaucoup changé. La crise économique italienne ? "Les choses n’allaient pas si mal", assure-t-il. Abandonner la politique qui, selon ses propres mots, lui déplaît profondément ? "Ce serait une victoire pour la gauche". Son nouveau but est donc de modifier la constitution italienne pour donner plus de pouvoir au président du Conseil. Pour les affaires de moeurs, il nie, regrette un peu, mais ne s’excuse surtout pas. Quant à ses remarques douteuses et ses blagues graveleuses, "il n’y a rien à se faire pardonner". D’ailleurs, Silvio en remet une couche dans la série des phrases anthologiques : "La seule chose dont on ne m’a jamais accusé, c’est d’être gay. Soyons clairs, je n’ai rien contre les homosexuels. Au contraire, j’ai toujours pensé que plus il y avait d’homosexuels autour de moi, moins il y avait de compétition".

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__ Le coup de gueule de la semaine, c’est celui de la poissonnière la plus célèbre de la République. Nadine Morano a en effet repris son rôle préféré dans la campagne présidentielle, rôle proche de celui de la ligne offensive d’une équipe de football américain : protéger Nicolas « quaterback » Sarkozy en plaquant les membres du camp adverse dès qu’ils bougent le petit doigt. Mais même un mouvement n’est plus nécessaire pour s’attirer ses foudres, puisque cette semaine la ministre chargée de l’apprentissage a pris pour cible l’une des candidates les plus immobiles de la campagne : Eva Joly. « [Son] problème ne vient pas que de son accent, c’est aussi physique. On voit qu’il n’y a pas de communiquant derrière », a déclaré Nadine, toute en classe et en sobriété. Une attaque qui a suscité un véritable tollé, à tel point que la ministre s’est sentie obligée de s’expliquer sur son blog. D’après elle, sa remarque était un compliment à la candidate d’EELV, dont elle aurait évoqué « le naturel et la liberté d’allure ». Et Nadine en a profité pour pousser un coup de gueule contre les journalistes sournois, fourbes, que dis-je, chafouins ! qui déforment ses propos. Et pour faire une belle faute de conjugaison par la même occasion. 

Par Margaux
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 00:04

C’est beau. Tu peux pas comprendre. » La phrase claque comme un coup de cravache au-dessus des boxes, cinglante, blessante, atteignant profondément la fierté de Gracieuse. Gracieuse qui, comme son prénom ne l’indique absolument pas, est une femme nerveuse, constamment au bord d’un accès de rage, interprétée par Marina Hands avec une violence qu'on ne lui connaissait pas. Elle est palefrenière, vient d’arriver dans les écuries de Franz Mann, où l’on entraîne des chevaux pour les compétitions de dressage. Et cette remarque, si méprisante, qui lui est adressée par la fille de la propriétaire des écuries, cavalière professionnelle, contient toute la trame de Sport de filles. Car il est peu de chose qui cristallisent aussi bien les rapports de classe que l’art, et l’esthétique. Les classes sociales ont chacune leur notion du « beau », qui se définit moins par rapport à leur goût que par rapport à leur dégoût du goût des pauvres. Si Gracieuse ne peut « pas comprendre » pourquoi c’est beau, c’est parce que c’est une ouvrière. Une pauvre ouvrière de rien du tout, échouée chez les nantis -et pas n’importe lesquels, non, ceux de la pire espèce : ceux qui montent à cheval.


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Si Gracieuse se retrouve là, c’est parce qu’elle s’est fait avoir par sa précédente patronne, qui lui avait promis une jument et l’a finalement vendue à quelqu’un d’autre. La propriétaire de l’écurie Franz Mann, très intéressée par les terres du père de Gracieuse, embauche cette dernière contre une promesse de vente (il est d'ailleurs amusant de constater que cette femme d'affaire est incarnée par Josiane Balasko, aka l'actrice de gauche par excellence). Et c’est autour de ce rapport complètement déséquilibré que se construit le film de Patricia Mazuy. Avec une étonnante habileté, la réalisatrice dépeint quelque chose que l’on considère au mieux suranné, au pire disparu : la lutte des classes. Et tout ce qui va avec. La honte du père paysan d’abord, ce père qui reste digne malgré les ventes successives de ses biens, malgré l’argent qui manque pour mettre du chauffage. Cette honte constante, tellement diffuse qu’on ne la perçoit presque plus tandis qu’il ravale ce qui lui reste d’honneur. La rage de la fille ensuite, cette rage de s’en sortir, de ne pas reproduire le schéma du père, de ne pas sombrer. Une rage qui la dessert souvent (le personnage de Gracieuse est proprement insupportable), mais qui la pousse aussi à ne pas donner seulement ce que l’on attend d’elle.


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C’est là que Sport de Filles trouve son second ressort narratif : le dépassement de soi, l’abnégation, le travail acharné. En cela, le film pourrait être rapproché du Black Swan d’Aronofsky. Natalie Portman en danseuse étoile poussait son corps à bout, dès le matin, tirant, étirant, écartant, musclant, tournoyant pour atteindre la perfection. Marina Hands en cavalière d’obstacle convertie à la discipline si rude du dressage fait sensiblement la même chose, s’entraînant des heures et des heures pour arriver, enfin, à ce moment ultime où tout semble suspendu et simple. Sur une scène ou sur une carrière, les deux athlètes ne poursuivent que ce but, cet instant de grâce, grimaçant sous la douleur et l’effort. L’une allant jusqu’à se tordre les chevilles, l’autre répétant inlassablement sa reprise à voix haute, les yeux écarquillés pour ne pas s’endormir. Et si la quête d’absolu permet de s’élever, la chute n’en est généralement que plus rude.


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Parce que la passion peut être porteuse, certes, mais aussi couper du monde. Gracieuse est incapable de communiquer avec ses semblables, trop obnubilée par ses chevaux et son idée fixe « d’aller au bout » avec l’un d’entre eux. « Tu n’aimes que les chevaux, pas les hommes », lui reproche l’un de ses collègues à l’écurie, et la jeune palefrenière serait bien en peine de le contredire. L’autre passionné qui ne sait pas s’y prendre, c’est Franz Mann lui-même, ancien cavalier renommé devenu entraîneur. Ne possédant rien d’autre que son talent, il est ligoté par la propriétaire d’une écurie qui porte son nom mais au sein de laquelle il n’est qu’un esclave comme les autres, dispensant son savoir avec la faiblesse de ceux qui sont mécontents de leur sort mais ne font rien pour changer. Et Gracieuse et Franz, tout passionnés qu’ils sont, éructent, écument, vitupèrent, prisonniers de l’insoutenable incommunicabilité de leur être.


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Sport de Filles n’est donc pas un film sur les chevaux. Heureusement d’ailleurs, car c’est typiquement le genre de cinéma qui ne laisse pas un souvenir impérissable et le film de Patricia Mazuy comporte d’ailleurs des incohérences qui agaceront les cavaliers (en trois semaines, Gracieuse parvient à faire ce qui prend des années de travail acharné). Non, c’est bien plus que ça. Il y a le mélange des hommes et des animaux, des pulsions des premiers et de la force vive des seconds. Et, surtout, une réflexion politique extrêmement intéressante, toute entière résumée par l’employé qui tente de raisonner Gracieuse, de la convaincre de se satisfaire de ce qu’elle a (c'est-à-dire rien) : « c’est fini, l’époque moderne ». Oui, c’est fini le temps de l’ascenseur social, mieux vaut se trouver un « bon gars » et acheter des côtelettes de porcs au supermarché avec lui le samedi. Baisser les yeux et la garde, accepter, ravaler cet honneur qui s’amenuise sous les coups du mépris ordinaire. La réflexion aurait pu être extrêmement lourdingue, mais, parce qu'elle choisit de ne pas se concentrer uniquement sur ce thème, Patricia Mazuy la mène de façon pertinente et fine, prouvant avec son Sport de Filles qu'il est toujours possible de faire du cinéma social en 2012. 

Par Margaux
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